Pulsion, jouissance et ségrégation

Édito, Hebdo Blog 94

Une intranquillité décidée

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La journée du 21 janvier répondait à une nécessité, celle de l’urgence à fomenter des réponses face à la prolifération des normes de l’Autre social et à l’agressivité qui fait signe de ce retour en boomerang sur notre pratique et sa (dé)localisation, toujours sur le bord, extime, produit de la société capitaliste tout autant que puissance de dévoilement de ses semblants ne se laissant pas attraper dans les filets de son illusion de progrès et de productivité.

Une nécessité politique et éthique, donc, que cette Question d’École, c’est-à-dire une nécessité théorique et clinique, puisque le discours analytique ne se constitue que de la rencontre avec le réel de chaque un pris au cas par cas, bousculant le savoir, délogeant la certitude et obligeant l’analyste à remettre sur le métier sa position. Pour ce faire, un certain nombre de procédures et d’instances ont été inventées par Lacan pour garantir l’intranquillité des praticiens qui forment l’École qu’il fonda, cette intranquillité qui est la marque de cet accueil fait au caractère unique de chaque sujet, cette intranquillité qui consiste à ne pas refermer cette rencontre sur le type[1], le pareil, l’étiquette ou le diagnostic, et oblige à un ajustement permanent.

Mais comment tenir le fil et de l’action d’un ensemble d’analystes réunis autour de concepts, d’un corpus de textes, de productions, de la somme d’expériences partagées, et de la solitude de l’acte et de ce sur-la-brèche permanent qui est celui de la véritable clinique ? Et qu’est-ce que l’action politique et l’intervention dans la cité de celui qui a dévoilé pour lui-même et quelques autres ses propres semblants, l’Analyste de l’École, qu’est-ce qui garantit la justesse de son action, pour reprendre le titre de la communication de Dominique Holvoet ?

C’est ce qu’il nous a été donné d’entendre samedi dernier, non dans l’unisson d’une seule et même voix, celle d’un maître qui n’existe ici pas, celle que devrait être la psychanalyse lacanienne, mais dans la polyphonie et la dialectique des témoignages de ceux qui garantissent tout autant qu’il font bouger les lignes de l’institution « ECF ». C’est ce que vous lirez dans les introductions de Jacques-Alain Miller et de Christiane Alberti comme dans le retour dans l’après-coup de trois membres de la commission de la garantie. Que ces voix dissonantes dans la mesure où elles sont portées par des parcours uniques et singuliers s’accordent pourtant de trouver leur tonalité dans ce même refus du « pour tous », de l’illusion groupale. Et que c’est de « cette base d’opération », de cette « École d’analysants » comme les qualifia Jacques-Alain Miller que peuvent partir pour mieux y revenir témoigner et constituer notre doctrine ceux qui mènent une action juste parce que portée par un qui a dénudé jusqu’à l’os[2] les ressorts de ce qui l’anime, l’objet dans sa plus grande crudité, le hors-norme dans sa plus grande subversion.

[1]  CF Lacan J. cité par P. La Sagna, « les sujets d’un type sont sans utilité pour les autres du même type », « Préface à l’édition allemande des Écrits », Autres écrits, Seuil, p. 556- 557.

[2]  CF le témoignage de Véronique Voruz, « L’os et la chair de la politique » samedi 21 janvier, Maison de la Chimie à Paris.

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