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Une accroche du Je et de la pulsion

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Qu’est-ce qu’un analyste ?

À cette question, une mauvaise façon d’amener une réponse serait d’en faire un essentialisme, de définir la liste des prédicats par lesquels nous pourrions définir ce qu’est un analyste. Jacques Lacan proposait une autre voie.

Un analyste, c’est d’abord un sujet qui soutient un performatif. C’est celui qui a d’abord déclaré, « J’ai terminé mon analyse », phrase assez invraisemblable à soutenir. Est-ce sûr ? Est-ce bien sûr ? C’est pour cela qu’une fois que c’est dit, une fois que c’est proféré, il faut soutenir ce performatif devant quelques autres qui sont passés par là.

Et c’est ce qu’ont fait chacun des trois analystes de l’École qui sont là, il ont soutenu dans une expérience réglée leur performatif et à la fin il reste le « j’ai », le j’ai de « j’ai terminé mon analyse ». Quel est ce « je » qui soutient ce dire ? Quel est le « je » qui reste après la traversée des identifications, le « je » qui reste après avoir interrogé le moi, s’être rendu compte du bric-à-brac invraisemblable que représente ce moi ? Qu’est-ce que ce « je » accroché à ce qu’il y a de plus sûr, la pulsion ?

Et c’est là où l’accroche du « je » et de la pulsion est mise en jeu de façon cruciale autour du regard. Le regard, Christiane Alberti et Laurent Dupont dans leur introduction le soulignaient, ce regard toujours déjà là, se traverse-t-il ? Quel est ce rapport finalement ultime avec la représentation qui se noue autour de cet objet, au point qu’on peut en faire en effet un trait de civilisation, l’époque du regard triomphant, le regard absolu, comme le nomme notre ami Gérard Wacjman ?

Alors, dans l’expérience du hall du Palais des Congrès, celle du bouquet renversé, que Philippe Metz a très bien mis en forme pour nous, y compris avec cette illusion du poisson dans le bocal, aussi saisissante par ce degré d’illusion supplémentaire que donnait la transparence de l’eau pour accrocher l’objet au centre, on pouvait voir, dans cette expérience, la bascule du plan des identifications, du miroir plan, séparé de cette accroche sur l’objet.

Par cette bascule supplémentaire, toujours possible, jusqu’à quel point pouvons-nous saisir ce « je » qui n’a plus d’image ? D’où se soutient-il ? Cette interrogation est celle qui est au cœur de l’éthique de la psychanalyse, celle que Freud avait épinglée de sa maxime que Lacan fait résonner pour nous de manière inoubliable, « Wo Es war, soll Ich werden », « là où C’était, Je dois advenir ».

Mais c’est un « je » de bascule, un « je » d’absence, un « je » de paradoxe, une place de plus de place, dans la passe et dans ce qui suit, que Jacques-Alain Miller a appelé « l’outrepasse ». Et bien voilà ce dont vont témoigner les trois Analystes de l’École réunis ici, ils vont nous délier ces paradoxes du « Je ». Ça passe, mais ça passe où ?

Le texte de cette intervention a été prononcé le dimanche 6 novembre en plénière des Journées 46 pour introduire la  première séquence sur Les analystes de l’École et l’objet regard. Il est reproduit ici après relecture et avec l’aimable autorisation de son auteur.

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