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Scènes de la vie conjugale

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Les Scènes de la vie conjugale (film de Ingmar Bergman) que Nicolas Liautard reprend au Théâtre national de la Colline (avec Anne Cantineau et Fabrice Pierre ) mettent en scène un couple dans lequel Marianne tient sa place d’objet a, épouse comblée et admirative de son époux jusqu’au moment où lui, pris entre la femme de l’amour et celle du désir, la quitte, détruisant la fiction du couple parfait. Ce laisser tomber provoque une modification de la position subjective de Marianne qui, dès lors, ne remplit plus sa fonction dans le fantasme de Johan qui s’en trouve marri.
Anne Cantineau et Fabrice Pierre livrent à Christiane Page quelques réflexions sur le spectacle

Anne Catineau : C’est un couple fusionnel, une domination de Marianne par Johan. Tout à coup les choses s’inversent. Elle va essayer de se reconstruire à partir de cette rupture, alors que lui est déstabilisé par sa propre décision.
Fabrice Pierre : Ce couple, c’est de l’ordre de l’universalité du couple. Il y a la spécificité de ces deux personnages, mais là où Bergman est génial, c’est que tous les couples peuvent se reconnaître. C’est la capacité de Bergman à écrire quelque chose d’intime et d’en faire quelque chose d’universel.
AC : Il y a comme une Histoire du couple. Actuellement, les gens divorcent plus, les relations de couples sont moins durables, il y a beaucoup de familles recomposées. La pièce raconte le passage d’un mode traditionnel de la relation d’un homme et d’une femme à autre chose encore à définir. Est-ce que c’est encore un couple à la fin ? Oui, parce qu’ils se parlent, qu’ils continuent à se voir et à avoir des relations sexuelles, mais ce n’est pas forcément ça qui fait couple.
FP : Je ne connaissais pas du tout Anne et elle ne me connaissait pas non plus. Nicolas a cherché des énergies qui pouvaient se correspondre. Il ne voulait pas qu’on compose des rôles, qu’on aille vers des personnages avec leur psychologie mais qu’on ramène les personnages à nous qui avons eu des vies amoureuses. Le spectacle est réussi quand à travers les mots de Bergman, on raconte nos faiblesses et nos grandeurs.
AC : Il y a le souci que quelque chose se passe à chaque fois au présent tout en étant dans un cadre très précis car on ne fait pas n’importe quoi, on dit le texte. On sait ce qu’on doit faire, la pièce est écrite. Il faut absolument être dans ces rails là tout en étant présent au moment. Et c’est fort de sentir que c’est ça qui fonctionne dans la catharsis avec les spectateurs.
FP : Une qualité nait au moment où on n’est plus dans la maîtrise, dans ce quelque chose où il faut assurer. On est dans une relation entre partenaires. Le spectacle est réussi si la scène se fait là où on en est et ça apporte cette qualité de vérité que recherche Nicolas.
AC : La parole vient du fait qu’on a écouté et qu’on a reçu. C’est la manière dont je reçois qui va faire que je vais dire les choses de cette façon là.
FP: Nicolas dit : « le spectateur n’est pas spectateur du spectacle, il est spectateur de lui-même. En voyant l’acteur il est en train de se lire lui-même. C’est au travers de son filtre qu’il a son émotion, pas au travers de quelque chose qu’on lui impose qui n’est pas lui ».

Lien vers l’interview :
http://www.dailymotion.com/video/k8EqabQ1TM5zKad86hU

Illustration © Catulle

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