Identités précaires au XIXème siècle, présence de l'analyste

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« Savoir en souffrance » : dans les coulisses de l’après-midi rennaise avec D. Holvoet

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Comment lisez-vous le titre de cette après-midi d’étude[1], « Savoir en souffrance » 

L’inconscient c’est le non né, le non advenu, c’est du savoir en souffrance ! L’invention freudienne fut de créer un dispositif où le savoir pouvait advenir par l’association libre, une production de savoir qui ne se savait pas être. C’est en cela qu’une analyse est décoiffante, surprenante et génératrice d’effets de désir inédit. La curiosité quasi naturelle du petit enfant que nous avons été au début de notre vie retrouve-là sa source intarissable. Et brusquement le savoir se fait gai savoir.

Que pensez-vous de l’essor actuel de l’éducation thérapeutique ? Pourrait-on dire qu’elle répond à la demande contemporaine de démocratisation et d’horizontalité du savoir médical ?

L’éducation thérapeutique c’est la révélation que toute thérapeutique est vouée à rejoindre le discours du maître. C’est ce que Lacan signale dans « La science et la vérité » lorsqu’il écrit (j’ouvre mes Écrits à la page 859) : « On sait ma répugnance de toujours pour l’appellation de sciences humaines, qui me semble être l’appel même de la servitude. [c’est moi qui souligne] C’est aussi bien que le terme est faux, la psychologie mise à part qui a découvert les moyens de se survivre dans les offices qu’elle offre à  la technocratie; voire, comme conclut d’un humour vraiment swiftien un article sensationnel de Canguilhem : dans une glissade de toboggan du Panthéon à  la Préfecture de Police. Aussi bien est-ce au niveau de la sélection du créateur dans la science, du recrutement de la recherche et de son entretien, que la psychologie rencontrera son échec. »

C’est pourquoi la psychanalyse ne peut se réduire à une thérapeutique. Qu’elle produise des effets thérapeutiques au sens où elle soulage le souffrant est indéniable, mais là n’est pas l’essentiel car il ne suffit pas de ne pas souffrir, ce peut même être mortel que de ne pas souffrir. Ce dont il s’agit est de pouvoir désirer et de jouir de la vie – ce que n’offre pas la bonne éducation.

Les sujets connectés tendent de plus en plus à en passer par Internet pour répondre à leur quête de sens. Cela a-t-il une incidence sur les demandes formulées au psychanalyste ?

J’ai répondu à cette question dans un article à paraître dans la prochaine livraison de La Cause du désir (novembre 2017). Je me suis appuyé sur ce qu’en dit Lacan dans « La Troisième », qui est une conférence fameuse qu’il a faite à Rome en 1975. Je conclus cet article en écrivant ceci : « L’expérience analytique offre au monde virtualisé de l’association libre généralisée dans le réseau dit social un lieu et une présence où “mettre à l’épreuve cette liberté de la fiction de dire n’importe quoi”. Par cette mise à l’épreuve il y a chance de tenir le bon bout du réel qui sera d’y rencontrer un impossible. L’analyste est cette présence qui résiste à la plainte de chacun de n’être pas conforme à la virtualité séduisante du réseau social. »

Le titre que vous avez proposé pour votre intervention, « Tu peux savoir », renvoie à une célèbre formule de Lacan. Pourriez-vous nous en dire quelques mots ? De quelle manière cela peut-il concerner les équipes d’accompagnement ou de soin ?

C’est fondamental pour les praticiens en institution de soin ou en service d’accompagnement de se saisir de cette invitation de Lacan « Tu peux savoir ! », car elle inverse la causalité de l’action sociale. Là où chacun fut formé à devoir apprendre à l’autre comment se comporter, la psychanalyse offre cette chance, à l’envers, de s’enseigner de l’autre. Il est beaucoup plus intéressant de saisir comment cet autre dont nous avons la charge parvient à se débrouiller avec ses symptômes plutôt que de partir d’un savoir a priori où nous saurions déjà comment traiter ses symptômes. Apprendre comment il s’en débrouille est le meilleur chemin pour l’accompagner, à ses côtés, et non pas en devançant ses inventions.

C’est pourquoi je viendrais vous parler de ce que vous avez toujours voulu savoir sans jamais oser le demander et qui concerne le lieu où est cachée la clé du sexuel. La rencontre avec le savoir sur la sexualité fait trauma pour tout parlêtre et il doit s’en défendre – comment peut-il s’y prendre ?

[1]          Après-midi préparatoire aux 47e Journées de l’ECF, organisé par le bureau de Rennes de l’ACF-VLB le 20 octobre. D. Holvoet répond ici aux questions du cartel organisateur.

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