Identités précaires au XIXème siècle, présence de l'analyste

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Économie et psychanalyse

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Les Le 30 septembre dernier se tenait à la Maison du Mexique un Colloque à l’initiative de l’ACF IdF et du Groupe Economie et Psychanalyse. J. Cartelier, G. Chatenay, E. Clément, O. Favereau L. Hutinet et S. Piron s’entretenaient avec M.H. Brousse, E. Laurent et l’économiste M. Aglietta.

Des échos reçus de part et d’autre des deux champs, il résulte que cette rencontre relevait de la surprise et de l’évidence.

Surprise de découvrir chez chaque auteur une façon singulière de faire résonner le signifiant économie et de le nouer à l’intitulé du colloque : Les Calculs du Sujet. Evidence de constater combien psychanalyse et économie peuvent avoir une langue commune, des interrogations croisées et parfois convergentes.

Avec J. Lacan nous en avions déjà la certitude. Il était un lecteur attentif de Marx et tous deux le furent d’Aristote sous des aspects distincts, chacun creusant son sillon jusqu’à l’impasse, relevée par Lacan, de la valeur incommensurable qu’est le manque à être du sujet.

Philosophie, histoire médiévale, sociologie et mathématique, mais aussi poésie, tel fut le menu de cette première partie. Une tentative de délimiter un objet d’étude et la preuve que parler d’économie c’est parler de l’Homme. Pas du sujet.

Pour se faire, il y faut la subversion psychanalytique qui aborde le un-par-un de ce sujet pour en extraire l’économie du désir. Ce détour est indispensable pour saisir qu’il n’y a pas d’économie sans désir, ce que M.H. Brousse démontra par une anecdote lumineuse sur un collier algérien.

L’économie a-t-elle un Autre ? Question qui fut au centre des débats du groupe Economie et Psychanalyse, et à laquelle S. Piron et M. Aglietta répondirent chacun dans leur champ. Le Dieu des Chrétiens en Occident, puis les Etats-Nations, garantirent pendant quelques siècles la confiance des échanges entre les hommes. Mais l’Histoire récente montre que cette charge repose désormais de façon aléatoire sur un Marché versatile ou les oracles sibyllins d’un directeur de Banque Centrale. A ces incertitudes, Internet vient ajouter des paramètres dont personne ne peut dire de quel côté ils feront pencher la balance, entre dérégulation anarchique ou contrôle démocratique.

Il n’est pas certain que l’économie ne puisse pas se passer du sujet, tout en maintenant une forme puissante de désir, soutenue par ce que J. Lacan nommait « la montée au zénith de l’objet a ».

En effet, sur un versant plus contemporain, et plus inquiétant, le discours de l’économie tient le pari d’un désir sans sujet. Grâce au calcul, triomphe récent des sciences mathématiques appliquées à la prédiction des grands nombres, il prétend proposer aux un par un du marché globalisé – au moins pour ceux qui y ont accès de façon monétaire – ce qui viendrait suturer leur manque à être. Cette théorie économique qui se pense scientifique n’a pourtant jamais prouvé ce qu’elle avance, sinon de s’adosser aux sciences « dures » pour réduire le sujet à l’individu et le désir à son comportement.

Tel est le fantasme de l’économie comportementale, concluait E. Laurent, nouvel avatar d’un capitalisme avide de profits sans contrainte.

 

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