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ACF, Hebdo Blog 110

Le sujet, résistant du pousse à la norme

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L’affiche du congrès PIPOL8 interpelle. L’artiste, présente une installation faite de bric et de broc, suspendue, jouant sur un équilibre instable, en mouvement, avec différents poids et formes qui tiennent l’ensemble de façon logique, mais aussi très complexe. L’installation semble obéir à des jeux subtils de tensions, de portées, de forces, puisque chaque élément possède des caractéristiques propres, mais l’ensemble reste également tributaire du contexte dans lequel il est placé : le sol, le vent, la stabilité. L’association avec les topiques freudiennes a été immédiate pour moi. Le sujet est le résultat d’un ensemble de forces internes et externes et les différentes instances psychiques doivent trouver à s’entendre afin de maintenir un minimum d’équilibre.

Des éléments, comme dans l’installation, sont visibles, d’autres pas. Ils peuvent se renverser, s’assouplir ou être anéantis par d’autres dans la structure.

Quelle place aujourd’hui dans nos institutions pour le sujet et l’inconscient ?

Dans l’institution où je travaille, le pousse à la norme s’incarne à 3 niveaux :

– L’importation du discours managérial au sein des établissements de soins. Les signifiants de l’entreprise ont tout à fait infiltré ceux qui étaient auparavant réservés à l’intra hospitalier. On ne parle plus du chef de service mais du N+1 pour poser nos vacances ou valider une demande de stage. Les fiches de postes sont uniformisées et le postulant doit remplir tous les critères (utilisation des tests projectifs et psychométriques, respect d’une approche qui tienne compte de diverses théories (y compris les TCC), nécessité d’une implication au sein de la gestion de l’hôpital (groupe de travail sur les protocoles ou fiches de contrôle – ex : la chambre d’isolement, la douleur, l’observance du traitement, le risque suicidaire).

– La massification de création de postes visant à faire appliquer les procédures de contrôles, à partir de la présence importante des cadres infirmiers et de leurs rôles de plus en plus marqués auprès de l’ensemble des équipes (y compris des psychologues). Les transmissions informatiques doivent être quotidiennes sur chaque enfant reçu. Les notes écrites et partageables sont lues et vérifiées voire rectifiées.

– Les effets sur les enfants hospitalisés. Ceux-ci sont aujourd’hui considérés, par l’institution, comme des enfants sous contrôle à qui il ne doit rien arriver. De ce fait, les sorties à l’extérieur sont restreintes (elles obéissent à des normes : tant de soignants pour tant de patients), la circulation des objets entre l’intérieur et l’extérieur de l’hôpital est réduite (une fouille systématique pour les adolescents, des sacs).

La pratique comme le sujet est contrôlée.

La référence à la psychanalyse dans nos pratiques, n’échappe pas à ce raz de marée de l’évaluation. Peu enseignée ou pas dans certaines universités, en psychologie comme en médecine, elle apparait comme obsolète ou « exotique ».
« Ah, mais ça existe encore l’inconscient ? » me demande une jeune étudiante en 3ème année de psychologie à la faculté de Clermont-Ferrand. « Mais ce n’est pas reconnu par la science, ça n’est pas prouvé ? » ou « comment vous faites avec les enfants pour les faire travailler sur leurs troubles ? »

Difficile pour ces jeunes gens peu éclairés par leurs cours et des rencontres transférentielles d’avoir l’idée de : qu’est-ce qu’un sujet ?
A la déferlante actuelle, inattendue (car jamais évoqué dans le service), d’un retour du port des blouses blanches dans l’unité où je travaille, un petit garçon de 7 ans, Fabien, hospitalisé depuis quelques mois, me dit un matin, étonné « tu sais pourquoi ils mettent des blouses maintenant ? Quelqu’un est malade ? » Il rit et moi aussi de l’effet raté de ce vêtement-bouclier. L’enfant renvoie aux infirmiers l’échec du refoulement, leur angoisse devant la psychose.

Fabien doit également obéir à la demande institutionnelle de la pesée hebdomadaire mais il ne peut mettre, lui, les deux pieds sur la balance, un pied se dérobant toujours à sa volonté de rassembler son corps. Invité par l’infirmière à faire un effort, l’enfant lui dit : « ça suffit, il y a déjà tous les bras ! pas besoin de l’autre pied ! » Cette semaine, la case poids restera vide dans la grille de pesée pour Fabien, non sans générer quelque effet de culpabilité chez l’infirmière qui n’a pas pu remplir la case. Un petit grain de sable dans le rouage de la demande institutionnelle.
L’inconscient et le sujet sont des concepts majeurs dans notre référentiel de pensée et de travail. Ils sont attaqués par le trio évaluation- certification- contrôle.

Même si l’inconscient apparaît comme une formule bien loin du réel, le dernier enseignement de Lacan rapproche le langage dans son rapport au corps et à la pulsion. De cela, le clinicien orienté par la psychanalyse, doit en tenir compte et le faire valoir, pour faire entendre un sujet qui lui est toujours hors les normes.

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