Identités précaires au XIXème siècle, présence de l'analyste

Édito, Hebdo Blog 117

Rencontre avec l’inconscient

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Les pathologies de la clinique contemporaine : dépression, addictions, burn-out sont aujourd’hui distribuées dans des consultations spécialisées censées dispenser les soins adéquats. Confortés par les neurosciences et les méthodes comportementales visant à rééduquer les corps et les âmes, ceux qui y sont soignés peuvent se soutenir d’une identification à leur symptôme. Le discours du maitre moderne renforce ce point de certitude par le credo qu’il y aurait un bon scénario, un bon comportement pour se débarrasser de ce qui ne tourne pas rond dans la vie. Pourtant, le symptôme insiste car il indexe un réel irréductible, indissoluble dans les soins et leurs batteries de techniques.

Alors, dans ces circuits affolés entre norme de fer et jouissance effrénée où se consume le parlêtre, quels cadres l’époque offre-t-elle pour accrocher la jouissance du symptôme? Il y a, bien sûr, les forums disponibles sur le web, pour tous ceux qui tentent de faire lien à partir de ce dont ils souffrent, cherchant à loger le réel de ce qui les affecte dans la toile1.

Le CPCT propose une autre voie. Ni captation en miroir par d’autres qui seraient comme soi, ni dispense du bon mode d’emploi pour savoir vivre. Ce qui est visé dans ce lieu, à part dans la cité, c’est « un changement de position discursive2 ».

En formalisant les 4 discours dans son Séminaire3, Jacques Lacan a fait entrer la jouissance dans le lien social. Le discours du maître fait apparaître logiquement un certain mode de jouir du signifiant, une soumission au sens commun, résonnant aujourd’hui avec « l’evidence based medicine » et ses données probantes. L’expérience de parole, saisie par l’écriture d’un autre discours, le discours analytique, subvertit ce rapport au langage. Pas de thérapeute qui propose un diagnostic pour tous, mais un Autre auquel le sujet s’adresse, engageant une nouvelle partie avec ce qui toujours déborde, surprend et traumatise. Ce réel qui nous embrouille, peut se précipiter, à l’insu de celui qui la dit, dans une parole vive. C’est instant de voir, moment précieux dans l’ébauche d’un savoir nouveau.

Ce numéro témoigne de la vivacité de la recherche clinique au CPCT. Il y est question des effets de la psychanalyse au cœur de la cité, une expérience vivante et inventive soutenue par la présence en acte des praticiens. Opérant des coupures, cherchant à sortir de la transparence d’un énoncé, évitant de compléter un message pour qu’un dit plus consistant puisse être exprimé, ces cliniciens donnent chance au sujet de renouer quelques un des fils de son destin.

Ceci parce qu’ « un meilleur usage du signifiant comme Un4 » est possible, dans la rencontre avec un analyste.

1 Clotilde Leguil éclaire cette dimension de la société contemporaine dans son article de « Rencontrer la psychanalyse à l’époque du moi mondialisé » à la Une de ce numéro.

2 Ce propos est emprunté à Lilia Mahjoub, lors de son introduction a journée du CPCT –Paris « Une séance au CPCT – rencontres avec l’inconscient », le 21 septembre dernier

3 Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre XVII,  L’envers de la psychanalyse  (1969-1970), texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, coll. Champ Freudien, 1991

4 Jacques Lacan, « Conférence à l’université de Milan, le 12 mai 1972 – Du discours du psychanalyste ».

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