Identités précaires au XIXème siècle, présence de l'analyste

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Et Oswiecim devint Auschwitz

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En franchissant la ligne de barbelés de ce qui est en train de devenir le camp d’extermination d’Auschwitz, un aphorisme chinois vient à l’esprit de Witold Pilecki : « En entrant, songe à la façon de t’évader et tu sortiras sain et sauf ». Le livre :  Le rapport Pilecki , sous-titré : « Déporté volontaire à Auschwitz 1940-1943 »1, est la publication du Rapport Pilecki rédigé pendant l’été par le capitaine de cavalerie polonais Pilecki qui raconte son expérience dans le camp de concentration d’Auschwitz. Il est assorti d’un appareil critique, de notes explicatives, et d’un glossaire que nous devons à Isabelle Davion (Maître de conférences à Paris-Sorbonne), Patrick Godfard (Traducteur et Professeur agrégé d’histoire), Ursula Hyzy (Traductrice et Journaliste à l’Agence France-Presse), Annette Wieviorka (Historienne).

En 1939, Witold Pilecki vient de co-fonder l’Armée Secrète Polonaise. C’est volontairement qu’il se fait rafler en septembre 1940 pour être déporté dans ce camp récemment ouvert, et y organiser un réseau de résistance. C’est ce qu’il mène à bien en partie, avant de s’évader en 1943. Non sans avoir, dès novembre 1942, fait parvenir des informations à l’extérieur sur les atrocités en cours. Comme il l’écrit dans son avant-propos, Pilecki n’a pas voulu s’en tenir aux faits bruts, il veut aussi témoigner de ce qu’il ressent, dans l’idée de faire mieux comprendre, dit-il, ce qui se passait. Aussi, ce livre de plus de trois cent vingt pages constitue-t-il un témoignage personnel, et unique, de première main, lisible aussi par un large public.

Dès les premières pages nous sommes nous-mêmes jetés parmi ce qui ceux qui apparaissent comme des « pseudo personnes », où le nom d’animal sauvage offense même le monde animal, est-il écrit. Dès lors, le monde se partage en deux. Il y a d’une part les habitants de la « Terre », ceux qui tout près vivent une vie normale, et puis les autres, parmi lesquels certains choisissent « d’aller aux barbelés », pour échapper à une nouvelle journée de souffrances. Nous apprenons aussi comment le jeune polonais n’est pas lui-même tombé dans le désespoir, et comment la rage et le désir de revanche ont constitué pour lui un substitut à la joie.

Qu’est ce qui nous touche dans ce témoignage, parmi beaucoup d’autres choses ? Quelle peut être aussi l’actualité de ce rapport ? Témoigner de l’intérieur des conditions d’internement dans un camp d’extermination est tout à fait capital. On ne peut résumer bien sûr trois cent vingt pages détaillées, précises, horribles, poignantes, tragiques, vomitives. Une force est néanmoins constamment à l’œuvre tout au long de ces lignes, qui touche le lecteur. Cette force qui irrigue ces pages est le désir de vivre. Un désir de vivre qui sera l’énergie de la construction de ce qui va devenir un vaste réseau d’entraide et d’information au sein de l’horreur. Au printemps 1943, le capitaine Pilecki s’évade du camp, mais ce sera pour ensuite, en 1945, tomber aux mains des communistes et à leurs multiples accusations, dont celle d’espionnage, ce dont il ne réchappera pas. En 1990, après un procès en révision, il est réhabilité. En 1995, la croix de commandeur de l’ordre Polonia Restituta lui est décernée. En 2013, Witold Pilecki est nommé au grade de colonel à titre posthume.

1 Le rapport Pilecki, Ed. Champ vallon, Seyssel, 2015.

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