Identités précaires au XIXème siècle, présence de l'analyste

Événements, Hebdo Blog 105

Nous n’avons pas tourné en rond !

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De retour du Congrès de la New Lacanien School, certaines accroches ne cessent de m’animer.
C’est par la maire de Paris, Anne Hidalgo, femme engagée, amie de la psychanalyse, que nous sommes accueillis. Le Forum « Arme du vote contre le parti de la haine et MLP » de la veille était je crois dans l’esprit de chacun. Qu’il ait eu la possibilité d’y assister ou non. Lilia Mahjoub, Présidente de la NLS, va situer d’emblée ce qui fait notre Nord : « les formations de l’inconscient, ce n’est pas l’inconscient ». Car l’inconscient se loge dans la bévue, la faille, la faillite du sens : la question « qu’est-ce que ça veut dire ? », n’est pas l’énigme du : « qu’est-ce que à dire, ça veut ? » souligne-t-elle.
Et c’est avec le rappel d’un « lapsus d’écriture » réalisé par Lacan, lors de son Séminaire XXIV, « L’insu que sait de l’une-bévue, s’aile à mourre » de 1976-77, que L. Mahjoub illustre le pas du réel. Au terme de sa leçon VIII, l’obscurcie subite qui affecte l’ordre du semblant et de la vérité, du signifiant-maître S1, et du savoir S2, lors de l’écriture du discours analytique sur le tableau noir, révèle une faille. C’est une « bévue heureuse », démontre Lacan lors de la séance suivante, dans la mesure où elle vient supprimer la béance entre S1 et S2, illustrant, par là même, en quoi le symbolique, la recherche de sens, tourne en rond. Tandis que l’ouverture gît dans l’équivoque du S2 : il suffit de connoter le S2 d’un sens double pour que S1 prenne sa place : S2, ce n’est pas seulement le 2e signifiant dans le discours du maître, c’est l’index de l’équivoque.
Première accroche : « Lit-on toujours les rêves de la même façon que Freud ? » demande L. Mahjoub. Ne s’agit-il pas d’opérer, dans ce réservoir de sens qu’offre le rêve, une trouée qui isolerait des S1 propices à conduire le sujet sur la voie de la jouissance ?
Deuxième accroche : inconscient et acte ne sont pas antinomiques, de leurs ratés même, ils (s’) illustrent. Encore faut-il la grâce du transfert, pour atteindre cette percée vers l’inconscient réel, ce que chaque présentation de cure illustre lors de cette première journée, agréablement rythmée. Sans transfert, pas de surprise du sujet d’être Autre à soi-même, lorsque la chute des identifications, au gré des interprétations de l’analyste, fraye l’approche du trou, ponctue Pierre-Gilles Guéguen. Le transfert toujours, nécessaire pour transformer des passages à l’acte, shunt de l’inconscient, en « actes de passages » susceptibles d’offrir une « nouvelle origine » au sujet devenu autre, ajoute François Ansermet qui rapproche « radicalité » de « racine ».
Alors résonne possiblement l’équivoque qui, elle, ne va pas sans l’écriture. C’est ce que la formidable démonstration de Russell Grigg illustre, avec l’analyse de cette jeune fille chinoise, vivant en Australie, dont le symptôme se décrypte à la faveur d’un caractère chinois (dont elle enseigne la graphie à son analyste) lequel inscrira le signifiant-maître révélé dans un double sens.
Loin de se clore sur une boucle, cette première journée reste en suspens. Ainsi que Philippe La Sagna le scande (avec l’appui de François Cheng qui introduisit Lacan aux richesses de la culture chinoise) : « Un tableau fini est un tableau raté. Tendu vers d’autres métamorphoses ».
Le dimanche n’a pas démenti la course de la veille. Energiquement, Jacques-Alain Miller mène la conversation clinique qui nous invite à arpenter des terres dont il souligne les contrastes. La tranquillité des Flandres, où la jouissance sourde sur fond de Nom-du-Père toujours solidement arrimé (exposée par Joost Demuynck) détonne face à l’ambiance contemporaine de « montée au zénith de l’objet (a) » de Tel Aviv, où la belle Nina (dont le parcours analytique est rapporté par Susana Huler) nous fait don de ce slogan féministe (venu des USA) « Pussy says no ! » : marque d’un arrêt dans sa collecte d’hommes maltraitants qui indexait « sa haine de soi » selon son analyste.
Dernière accroche, enfin. Et peut-être la plus surprenante pour moi : alors qu’un florilège de formations de l’inconscient nous est offert par les Analystes de l’Ecole, une formule se distingue : avec la Passe, on devient lecteur de l’inconscient. Un inconscient à peine déguisé dans les rêves d’outrepasse, nous démontre, me semble-t-il, Caroline Doucet. Quelle levée de rideau finale !
Non, nous n’avons pas tourné en rond lors de ces deux journées de travaux de la NLS, où j’ai récolté un désir de tordre et retordre ces agrafes de savoir, et d’autres.

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