Identités précaires au XIXème siècle, présence de l'analyste

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Les métamorphoses de l’inconscient

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A travers les cas cliniques, les ponctuations théoriques ainsi que les témoignages de cure, le XIème congrès de la New Lacanian School – « Autour de l’inconscient » – a permis une mise au jour de ce que deviennent de nos jours l’inconscient, ses formations, et son interprétation, ainsi que ce qu’il en reste après une analyse.
A l’heure où le déclin des repères symboliques se corrèle à une primauté des modes-de-jouir, François Ansermet nous en rappelle une conséquence : le court-circuitage de l’inconscient – à distinguer du court-circuitage inconscient. Il prend l’exemple de la radicalisation pour illustrer en quoi les passages à l’acte peuvent être des actes de passage là où les rites de passage symbolique n’existent plus.
Pour autant, « l’inconscient n’est point une affaire classée » comme l’écrit Lilia Mahjoub dans l’argument du congrès. Comment interpréter ses formations et quel est son devenir à la fin de la cure analytique.
Sophie Marret-Maleval a ouvert la première ponctuation de la journée, à propos du rêve et de son usage dans la clinique contemporaine post-interprétative. Que devient le rêve, tel que l’avait défini Freud, réalisation d’un désir refoulé et déchiffré grâce aux interprétations ? « Le rêve est entre l’interprétation et l’indice d’un réel en jeu ». Le réduire à un déchiffrage ne fait que le chiffrer à nouveau, là où il s’agit de viser l’échec, l’ombilic du rêve, le trou d’où émane la formation du rêve. L’effet d’interprétation en passe donc aussi par l’ombilic du rêve.
L’interprétation : s’en passer à condition de s’en servir ?
En effet, dans une seconde ponctuation, Pierre-Gilles Gueguen souligne que les surprises de l’inconscient en passent par le déchiffrage. Pour viser le hors-sens, encore faut-il qu’il y en ait un auquel on croit. Le déchiffrer pour mieux le déconstruire et viser le réel de l’inconscient : « l’inconscient réel n’est pas à comprendre mais c’est un trou dont on s’approche qui permet de remanier le programme de jouissance inscrit sur le corps ».
Du sens à la jouissance, de la lecture à l’inscription. C’est ce que ponctue Philippe La Sagna à la fin de cette première journée : l’inconscient s’interprète par ses formations, il se lit tout seul, mais il sait aussi écrire. Que devient l’inconscient ? « Il doit aller vers d’autres métamorphoses » puisque derrière ce qui se parle et s’interprète, il y a la jouissance du trait qui s’écrit et ne cesse pas de s’écrire dans son rapport au signifiant. Il applique cette métamorphose à la société contemporaine, imbibée de jouissance à chiffrer : « l’inconscient mondial à venir va plutôt s’écrire ».

Ce trajet de la réduction du sens vers l’écriture de la jouissance s’entend chez les Analystes de l’Ecole qui témoignent, à travers leur cure de la variation des formations de l’inconscient au fur et à mesure de son élaboration et son élucidation, comme l’écrit Lilia Mahjoub.
Que devient l’inconscient à la fin d’une cure ?
Éric Laurent commente : « après l’analyse, on continue à rêver, on ne se réveille pas absolument mais quand même davantage, puisqu’on va vers l’écriture ». L’inconscient ne laisse pas la place à la jouissance, mais il l’écrit. La jouissance ne disparaît pas mais son devenir s’écrit. Pour Fabian Fajnwaks, un rêve parle de ce passage du « tsunami de jouissance » aux « canaux de jouissance », grâce au déchiffrage signifiant. La preuve que même une fois les fictions dissoutes, l’inconscient continue de produire. Un point de jouissance reste intraitable, ne se « dissout » pas, celui de « la haine » pour Jérôme Lecaux. Traiter sans cesse sa propre haine est une position éthique nous dit Éric Laurent pour qui, « s’habituer au réel est le contrepoint de l’éthique de la vérité ». A la différence de l’habitude aristotélicienne, la psychanalyse et son éthique ne visent pas une existence de confort, mais d’être plus lucide quant au réel et faire avec.
Que fait-on de ce qui reste intraitable ? Une position éthique donc, mais aussi une opération de sublimation de ce trou, constate Éric Laurent, suite au témoignage de Dalila Arpin et Laurent Dupont.
Ce congrès a été riche dans cette mise au jour du concept d’inconscient – sans lequel la psychanalyse n’existerait pas, ne l’oublions pas – et de ses métamorphoses que l’expérience ne cesse d’enseigner à la théorie, et qui trouve à s’articuler au réel qui traverse les parlêtres du XXIème siècle.

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