Identités précaires au XIXème siècle, présence de l'analyste

Événements, hebdo Blog 112

« L’indécidable de la rencontre ». À propos des rencontres au festival Off d’Avignon 

image_pdfimage_print

 

Le nouage « Théâtre et psychanalyse », qui parie sur la rencontre entre un comédien, un metteur(e) en scène et un psychanalyste après la représentation, en présence des spectateurs, circule désormais dans les milieux du théâtre, sous le signifiant Bords de scène. Après de nombreuses rencontres organisées en partenariat avec les théâtres de la ville de Marseille, Théâtre et psychanalyse a pris ses quartiers d’été en Avignon, en particulier dans les productions du festival off, temple de la création contemporaine et de la fête du théâtre.

C’est ainsi que huit compagnies ont invité cette année le discours de la psychanalyse – porté en l’occurrence par Hervé Castanet, professeur des universités psychanalyste à Marseille – pour faire entendre comment un acteur, un metteur(e) en scène, rencontre un texte, un personnage et une mise en scène. Ces conversations ont insisté sur ce que démontrent les grandes œuvres de théâtre, à savoir qu’il y a dans chaque rencontre avec le langage « un indécidable », un point de réel qui ne cesse pas de ne pas s’écrire[1]. De sa confrontation avec le texte, nait un désir chez l’acteur : celui de s’approprier la langue de l’auteur, la mettre en scène, l’incarner dans une adresse aux spectateurs.

Dans Au bout du monde, une pièce particulièrement dédiée au pouvoir des mots mais aussi des échecs à dire, la conversation s’engage sur le concept d’indécidable. Daniel Mesguich nous en donne quelques coordonnées : « La réalité est indécidable, elle n’intègre pas ce qu’elle représente, elle fait jouer le langage ». Hervé Castanet précise que le théâtre fait bouger « le rapport de la réalité et du monde » car « à partir du moment où l’on parle, la réalité n’est déjà plus tout à fait là ».

La vie « autonome » du personnage est particulièrement éclairée par la pièce de Claire Massabo Jeanne, pour l’instant qui illustre une révolte contre la comédienne ; Nicole Choukroun, en l’occurrence lui prête son corps. Mais qui est le rôle ? Quel est son statut ? Et qui est l’actrice ? Pendant tout le temps de la discussion la confusion restera présente.

Qu’en est-il de la rencontre en amour ? Plusieurs pièces en montrent chacune une facette : Ainsi celle de Caroline Ruiz, L’éloge de l’amour ; c’est d’abord l’adaptation du livre d’Alain Badiou et Nicolas Truong, dont elle emprunte le titre. Dans un texte d’une grande beauté, nous assistons à la rencontre amoureuse portée à son incandescence entre un homme mystérieux et une actrice vibrante. Autre amoureuse, plus classique celle de Madeleine Pages, jouée par Florence Hautier, dans la pièce L’acier s’envole aussi. C’est le récit d’une rencontre fortuite entre une femme et un homme dans un train. L’actrice prête son corps ; elle danse, chante, incarne la femme aimée d’Apollinaire à qui sont adressées toutes ces lettres d’amour dont le texte recèle le style. La conversation des acteurs avec Hervé Castanet nous entraînera ici aussi sur le terrain de l’amour et montrera comment celui-ci fait consister le rapport sexuel qu’il n’y a pas – comme le développe Lacan.

Enfin, Caroline Desbach, dans la pièce Nouveau(x) genre(s) nous propulse dans les méandres de l’inconscient d’une analysante, soit sur l’Autre scène, comme dit Freud. Cette pièce nous entraîne au cœur de la séance analytique et la comédienne introduit les mots de l’analyste. La question qui se pose al ors est la suivante : « Qu’est-ce que montrer ? Comment opère une cure analytique ? Quelles conséquences pour le théâtre lui-même ? C’est d’une part de découvrir et d’entendre la langue de l’inconscient qui n’est pas tout à fait celle du logos, du savoir, celle des hommes[2] ».

La rencontre avec la langue est aussi particulièrement présente dans la pièce BAGA, un texte de Robert Pinger. « C’est l’héritage du réel de l’existence » qui attire Pierre Béziers ; c’est une écriture beckettienne où le coq-à-l’âne permanent a du mal à se clore. Alors « qu’est-ce qu’un récit où il n’y a pas de plan et où le personnage est lacunaire ? Nous nous plongeons ici dans une langue qui porte ce bric à brac à la dimension de l’œuvre d’art.

Ces pièces nous font entrer dans un monde dédié à la gloire des mots, ce qu’a fait entendre Hervé Castanet au cours de ces rencontres inédites et singulières en donnant à lire et à entendre, au travers des œuvres théâtrales, une nouvelle écriture.

[1]                 Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre XX, Encore, (1972-73), Paris, Seuil, 1975, p. 86.

[2]                Selon les propos d’Hervé Castanet dans la conversation

Recommended