Identités précaires au XIXème siècle, présence de l'analyste

École, Hebdo Blog 105

L’inconscient, une boule dans un jeu de quilles ?

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« Tirez sur le fil, osez tirer, vous détricoterez le voile qui dissimule de belles surprises ». Après Dublin l’année dernière, nous nous retrouvons pour le Congrès de la New Lacanian School, au cœur de la capitale ; Son affiche y intègre son thème « Autour de l’inconscient- Place et interprétation des formations de l’inconscient dans les cures psychanalytiques ». Elle présente l’œuvre de la photographe Nathalie Rodach(1) qui expose à sa façon singulière l’enjeu du congrès : « je raconte des histoires. Interrogeant le rapport de l’Homme à son destin, tout est prétexte à résonner. […] La vie qui nous traverse, celle que l’on décide et les maillages qui nous retiennent. Je tisse des liens entre le spirituel, l’organique et le trivial. J’explore des chemins de vie, brode les interrogations de la femme et de l’homme, du passage des saisons, la fuite, la magie des rencontres(2) ». Alors suivons l’artiste en tirant le fil rouge autour de l’inconscient et entrons au cœur même de la découverte freudienne pour ce congrès avec son parterre de surprises inédites, sa vivacité telle la fulgurance des formations de l’inconscient, ces ratés mis à l’honneur.
Ce congrès, avec brio, a donné et mis en exergue cette interrogation majeure de la psychanalyse à partir de l’hypothèse de l’inconscient faite par le génie de Freud. Nous avons pu y entendre au cas par cas combien pour l’orientation lacanienne, analyste et analysant ne sont pas des termes exclusifs, bien au contraire !
Dans les entours du trou, zone où la jouissance est à l’état libre, à partir de la faille de l’inconscient, les démonstrations cliniques ont témoigné avec finesse de l’impossible de dire les mots et les choses. Ainsi les quatre séquences cliniques du samedi – Rêve et une-bévue, les Surprises de l’inconscient, les court-circuit de l’inconscient, L’inconscient interprète vs l’interprétation produit l’inconscient- mais aussi de la Conversation clinique animée pour notre plus grand bonheur par Jacques-Alain Miller ; échanges foisonnants, éclairants et riches autour de la clinique, celle de la psychose ordinaire revisitée à partir de cas où les failles, les ratages mettent en lumière comment le registre de l’inconscient se produit aux confins des mots et des corps des parlêtres. Les séquences illustraient magistralement qu’il n’y a d’inconscient que chez l’être parlant, qu’un rêve, un lapsus n’est pas le réel mais un matériau pour appréhender le réel. Relevons une phrase d’un débat clinique extraite du séminaire II de Lacan portant sur la perversion foncière du désir humain. Elle a particulièrement éveillé l’intérêt de Jacques-Alain Miller et le nôtre : La perversion humaine-, c’est jouir de son propre désir. Le passage à l’acte comme venant à la place de l’inconscient- le réel se presse poussant le sujet au-delà de lui-même- la disparition du sujet pour devenir autre à lui-même, a été porté en contrepoint avec l’acting out comme demande d’interprétation recelant l’inconscient en souffrance.
Ce congrès a opéré un véritable nouage d’orientation lacanienne entre apports cliniques, conceptuels, politiques mais aussi éthiques. Il a constitué un véritable phare de notre clinique lacanienne exposée dans ces différentes séquences où les divins détails de chaque cas ont été mis en exergue. Nous avons ainsi tourné autour de l’inconscient à la manière moëbienne, telle une structure de bord, de béance. J.-A. Miller(3) a énoncé une thèse ferme rendant compte de l’enjeu des échanges cliniques : pour Lacan, l’inconscient est la découverte de Freud « qui fait trou dans le discours universel ».
Enfin, le congrès se clôt sur un véritable feu d’artifice des formations de l’inconscient par les Analystes de l’École ! Rappelons cet énoncé de Lacan : « je n’ai jamais parlé de formation analytique. J’ai parlé des formations de l’inconscient(4) ». Nos neuf AE dans une énonciation vive et rigoureuse ont démontré ce dire de Lacan : « La clinique psychanalytique doit consister non seulement à interroger l’analyse, mais interroger les analystes, afin qu’ils rendent compte de ce que leur pratique a de hasardeux, qui justifie Freud d’avoir existé(5) ». Le désir de l’analyste n’est pas un désir pur(6) mais un désir averti(7) Pari tenu. Produit de sa propre cure, il opère à partir de restes symptomatiques. Mais ces restes relèvent-ils encore de l’inconscient ? Vérité versus réel ; A partir de la rencontre d’un réel qui se dérobe et où vient se loger la jouissance, Éric Laurent en donne un commentaire éclairant à partir de la singularité de chaque AE : on n’arrive pas à faire la carte de la jouissance, la seule façon, c’est le trou.
Enfin, ce congrès est politique face aux nombreuses tentatives pour éradiquer la psychanalyse avec le maître à tout évaluer. Ici, place a été donnée avant tout à la politique du symptôme hors norme ; la clinique ne rentre pas dans les cases préformées par le discours du maître. Les entours des dits et des dires, autour de l’inconscient, en est la preuve en acte. Mais aussi faisant suite au grand forum inoubliable anti-haine la veille même dans ce même lieu, la phrase de Lacan, L’inconscient c’est la politique a été mise à l’honneur, séquence après séquence, indiquant qu’il tient avant au lien social.
Comment fonctionne l’inconscient ? Et à quoi sert l’inconscient ? Une réponse se déduit de ces deux journées de congrès : – Il sert à la satisfaction pulsionnelle, il sert pour la jouissance. Le vouloir jouir pulsionnel de l’inconscient, ce x dans le réel tel « une boule dans un jeu de quilles » n’a pas fini de nous surprendre.

1 Les passages, scanner, livre I.

2 Extrait du site : http://www.rodach.com/biographie/

3 Miller, J.-A., « L’inconscient réel », Quarto n° 88-89, Décembre 2006, p.6.

4 Lacan, Jacques, intervention au congrès de la Grande Motte le 3 novembre1973, Lettres de l’École freudienne de Paris, 1975.

5 Lacan, Jacques, « Ouverture de la Section clinique », 1977

6 Lacan, Jacques, Le Séminaire, Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1973, p. 248.

7 Lacan, Jacques, Le Séminaire, Livre VII, L’éthique de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1986, p. 347.

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