Numero 157

Édito, Hebdo Blog 154

L’épouse de Joyce

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D.A. : À partir de la phrase de Lacan : « Pour Joyce, il n’y a qu’une femme »[1], qu’il nous est proposé de commenter, nous évoquerons l’étrange couple que formèrent Joyce et Nora, en examinant ce qu’en dit Lacan dans son séminaire du sinthome.

Du rapport de Joyce à Nora, Lacan formule ceci : « … je dirai que c’est un rapport sexuel, encore que je dise qu’il n’y en ait pas. Mais c’est un drôle de rapport sexuel ». Comment entendre cette affirmation de Lacan ?

J.-L.G. : Ce que dit Lacan du couple de Joyce et Nora est tiré de sa lecture des lettres d’amour à Nora. Joyce rencontre Nora à Dublin, ils se fréquentent régulièrement pendant quelques mois. Entre deux rendez-vous il lui écrit. Ensemble ils quittent Dublin à l’été 1904 et vont finir par se fixer à Trieste. A deux reprises Joyce va revenir à Dublin. Pendant cette séparation, et quelques autres souvent brèves, il écrit presque quotidiennement à Nora. Cette correspondance est à chaque fois le support d’une incoercible pratique masturbatoire.

Le rapport sexuel ce serait la coaptation parfaite d’une forme mâle et d’une forme femelle, comme l’est celle de la main et du gant. Cette union rêvée est racontée dans le mythe d’Aristophane où chaque moitié recherche sa moitié perdue pour retrouver une unité originelle. La thèse du non-rapport sexuel se déduit des observations que Freud a faites sur la sexualité de l’être parlant. L’Eros du parlêtre se résume à la pulsion, et au niveau des pulsions partielles il n’y a aucune prescription d’un rapport à l’Autre sexe. Le vide du rapport sexué appelle alors une suppléance susceptible de briser la solitude du parlêtre. L’amour, le fantasme ou le symptôme sont autant de modalités d’inscrire l’autre dans une relation sexuée. Le couple écrit ainsi pour chacun le rapport sexuel qui n’existe pas pour l’espèce.

Sur le fond de ce non-rapport le couple de Nora et Joyce répond à une autre exigence, qui fait sa singularité, en quoi il réalise un drôle de rapport sexuel. Dans le souvenir d’enfance de la raclée, Lacan a relevé chez Joyce la fuite du corps propre qui menace de se détacher de lui comme une pelure. Par sa présence dans la vie sexuelle de Joyce, Nora compense ce laisser-tomber du corps. Elle réalise un nouage permettant de rabouter l’imaginaire aux deux autres dimensions du réel et du symbolique. Elle le serre, dit Lacan, comme un gant. Le gant fonctionne comme une boucle supplémentaire qui vient réparer l’erreur du nœud joycien, où l’imaginaire est touché. Le gant n’est pas une métaphore, il a réellement une fonction de serrage et ce gant c’est Nora. « C’est la dynamique des nœuds, ça ne sert à rien mais ça serre, quelque chose que l’on suppose être coincé par ces nœuds »[2].

La relation de couple est d’ordinaire une fiction symbolique, le nœud corrigé que réalise Nora, lui, n’est pas un semblant.

 

Lacan dit que, pour Joyce, il n’y a qu’une femme, qu’elle est toujours sur le même modèle : de quoi s’agit-il ?

D.A. : Alors qu’il arpente les rues de Dublin, James Joyce rencontre Nora le 16 juin 1904. Il va immortaliser ce jour dans son roman Ulysse, comme le Bloomsday, qui se déroule à cette date, d’après le prénom du personnage principal et double de l’auteur.

 Mais leur union ne se scelle que quelques jours plus tard, lorsqu’elle l’initie au plaisir sexuel, par la masturbation. « Elle a fait de moi un homme », dira Joyce. Elle ne consent à être sienne que le jour où ils arrivent à Zurich, après leur départ de Dublin. On peut penser que du point de vue sexuel, Joyce n’a pas connu d’autres femmes, à l’exception des prostituées.

Mais c’est surtout du point de vue amoureux, que Nora est la seule qui a vraiment compté pour lui. Après l’autodafé de son Dubliners, il a pu dire à Italo Svevo « Il est certain que je suis plus vertueux que tous ces gens, moi qui suis un vrai monogame et qui n’ai aimé qu’une seule fois dans ma vie.[3] ».

« Je n’entends que votre voix […]. Je voulais entendre votre voix, pas les leurs », écrit James à son amoureuse, dans les premières semaines. C’est sa voix qui la rend unique, une voix aux accents de Gallway, où la prononciation reste plus proche du gaélique, que l’écrivain voulait retrouver. Elle a aussi des expressions et des phrasés, voire des gros mots qu’il n’a jamais entendus, et qui vont nourrir le parler de ces personnages féminins.

La musique, voire la musicalité de la langue étaient essentielles à l’auteur de Musique de chambre. A chaque page écrite, il trouvait un parallèle avec l’une de ses pages musicales préférées. Et Nora fut la page d’où sortirent tous ces écrits.

 

J.-L.G. : Et le modèle ?

D.A. : C’est le gant, car dans Le sinthome, Lacan dit : « Pour Joyce, il n’y a qu’une femme. Elle est toujours sur le même modèle, il ne s’en gante qu’avec la plus vive des répugnances [4] ».

Qu’est ce qui conduit Lacan à avancer que pour Joyce Nora est un gant dont il se gante ? Ce gant d’où sort-il ?

J.-L.G. : C’est une interprétation que Lacan donne de ce qu’il découvre sous la plume de Joyce. Le gant est présent dans la correspondance. Dans une des toutes premières lettres Joyce écrit à Nora ceci : « Ton gant est resté près de moi toute la nuit – déboutonné – mais à part ça il s’est conduit très convenablement », et quelques jours plus tard il note : « Gant très bien élevé ». On apprend ainsi au passage que le gant comporte un bouton et à quoi il sert dans les mains de Joyce. Il sert à serrer l’organe. C’est d’ailleurs ainsi que les relations avec Nora se sont établies. C’est elle qui a pris l’initiative, en le masturbant. Pendant les mois de leur relation à Dublin c’est le seul contact sexuel entre eux.

Le gant revient dans les lettres que Joyce adresse à Nora restée à Trieste, alors que lui-même est de retour à Dublin pour affaire. Le gant retourné, que relève Lacan, apparait dans le passage suivant : « J’espère que tu as bien reçu mon petit cadeau, les gants. La plus jolie paire est celle en peau de renne : elle est doublée de sa propre peau, simplement retournée et devrait être chaude, presque aussi chaude que certaines régions de ton corps ». Le gant apparait ainsi comme le corps de Nora. Conformément à une nécessité topologique ce corps, qui est un sac, doit être retourné pour venir envelopper, ganter le corps de Joyce.

Si Nora serre Joyce comme un gant, dans les faits en quoi consiste ce serrage ?

D.A. : Elle contient ses excès de jouissance, répondant qu’elle le comprend quand il s’adresse à elle dans un langage obscène. Autrement dit, elle a une fonction de serrage qui ferait tenir les morceaux épars du corps de Joyce. Sa présence lui est essentielle pour écrire et son absence, le désespère : lorsqu’il revient à Dublin, laissant Nora avec Giorgio à Trieste, il a une crise de jalousie qu’on pourrait qualifier de délirante. Il commence à penser – et à l’écrire à Nora – que les jours où elle ne le voyait pas, elle était sans doute sortie avec son ami Gogarty. Certes, cet ami avait témoigné à James de son attirance pour la belle brune, mais rien n’atteste qu’il y ait eu une liaison entre eux. Nora a la finesse de ne pas répondre aux messages accusatoires jusqu’à ce que Jim – comme elle était la seule à voir le droit de l’appeler – ne change de ton.

Dans les voyages qui suivent, James aura appris qu’il ne peut pas quitter sa femme. Et lorsqu’elle doit se faire opérer, il s’installe avec elle à l’hôpital…

Nora est donc le cadre, tout comme Cork, le cadre en liège qui entourait la photo de la ville homonyme chez les Joyce. Elle serre mais ne sert à rien.

Sur ce thème du serrage, quoi d’autre ?

 

J.-L.G. : Avec Nora Joyce a rencontré une femme qui l’a pris en main et l’a serré. Elle est venue vers lui et a fait de lui, dit-il curieusement, « un homme », en saisissant son organe, qui alors ne demandait sans doute qu’à s’en aller avec le reste de son corps. Quand elle fait irruption dans sa vie, Joyce est en proie à une profonde solitude, dans laquelle l’a laissé la mort récente de sa mère. Voici ce qu’il écrit à Nora : « … j’étais un étrange garçon solitaire, déambulant seul la nuit et pensant qu’un jour une jeune fille m’aimerait. Mais je n’arrivais jamais à parler aux jeunes filles que je rencontrais (…). Puis tu es venue vers moi ». Il lui écrit aussi ceci : « je parle (…) à la jeune fille que j’aimais (…) et me prenait si facilement dans ses bras et faisait de moi un homme ».

Désormais il ne cessera, dans ses lettres, de réclamer qu’elle le serre, c’est-à-dire qu’elle le gante, au moment où il est en proie à une jouissance phallique sans limite, c’est lui qui le note à certains moments, et où son corps menace de fuir par tous les orifices dont il est percé. Il lui demande en écho, dans une sorte de transitivisme, de lui répondre dans les moindres détails pour prendre en main ce corps qui se détache de lui. Dès qu’une lettre tarde, que Nora lui fait le moindre reproche ou qu’il la sent s’éloigner, il sombre dans la plus extrême déréliction, où la jouissance masochiste n’est pas absente. A la suite d’une lettre de reproche, voici ce qu’il lui répond : « … depuis que j’ai lu ta lettre ce matin, j’ai eu l’impression d’être un chien bâtard qui a reçu un coup de lanière sur les yeux. (…) j’ai déambulé dans les rues comme un immonde roquet que sa maitresse a lacéré de son fouet … Laisse-moi retomber dans la fange d’où je suis venu ».

On ne voit jamais Joyce exprimer le désir de prendre Nora dans ses bras, c’est lui qui demande à son amante de le serrer dans ses bras. On peut lire ceci par exemple : « je veux tout oublier dans tes bras », ou : « Prends-moi de nouveau dans tes bras » et dans le même esprit : « Il faut vraiment que tu me prennes en main », et encore : « je pensais à quelqu’un qui me tenait dans sa main comme un petit caillou ».

Pourquoi Lacan dit-il qu’il ne s’en gante qu’avec la plus vive des répugnances ?

D.A. : Parce que Joyce, tout en étant amoureux, n’est pas dupe. Cet érudit qui a épousé une femme de chambre ne prétend, en aucun cas, avoir d’échanges intellectuelles avec elle. Plus, les femmes savantes, ça le gave !

« …ce n’est que par la plus vive des dépréciations qu’il fait de Nora une femme élue[5] », dit Lacan. Et Nora d’accepter cette place : elle se moule absolument sur la jouissance de Joyce[6] ». Il n’accorde pas tant d’importance à sa femme si ce n’est par sa fonction de serrage. Il dit qu’elle est « adorablement ignorante[7] ». Une femme tout à fait ordinaire qu’il élève à la dimension de l’extraordinaire. Une femme rencontrée dans la rue, tout à fait par hasard, qui devient son épiphanie.

Qu’ajouter sur l’extrême ravalement dont Nora fait l’objet ?

 

J.-L.G. : Lacan ne cède pas à la fascination qui avait accueilli les premières traductions des lettres en français.  Ses lecteurs, séduits par les propos orduriers et obscènes, s’enchantaient d’une correspondance amoureuse qui ne s’embarrassait d’aucun tabou. Le diagnostic de Lacan est tranché, il n’y a nulle idéalisation de l’objet aimé dans les lettres de Joyce. Tout à l’opposé, ce n’est qu’au prix de « la plus grande des dépréciations que Joyce fait de Nora une femme élue ». Cela n’échappe pas à Joyce. Il écrit à Nora qu’il « n’utilise jamais d’expressions obscènes dans la conversation », qu’il se détourne des hommes qui racontent des histoires grossières ou graveleuses, et que pourtant dans les lettres qu’il lui adresse il mesure que « la grossièreté et l’obscénité dépassent toutes les bornes de la pudeur ». Ces notations reviennent régulièrement dans sa correspondance, par exemple ceci : « Je frémis d’impatience dans l’attente de la réponse à ces lettres répugnantes », ou : « T’ai-je choquée par les saletés que je t’ai écrites », ou bien : « Au revoir, ma chérie que j’essaye d’avilir et de dépraver ».

L’interprétation que Lacan donne du couple est sans équivoque, je le cite : « copains comme cochons [8] », dit-il des deux complices.  Il n’y a aucune limite à ce que Joyce exige du corps de Nora. Si toutes les bornes de la pudeur sont franchies et si « la pudeur est amboceptive des conjonctures de l’être »[9], c’est sans doute que l’idée de soi comme corps a déserté Joyce. Nora comme gant opère un serrage de ce corps qui ne demande qu’à fuir.

Lacan parle du gant retourné et du bouton lorsqu’il dit :« dans le gant retourné, le bouton est à l’intérieur », d’où vient ce bouton et que vient-il faire entre Joyce et Nora ?

D.A. : À la lecture de cette page, où Lacan développe le rapport de ce couple, il dit « ce bouton doit bien avoir une petite chose à faire avec la façon dont on appelle un organe. Le clitoris, pour l’appeler par son nom, est dans cette affaire quelque chose comme un point noir [10]». Il en déduit l’intérêt des femmes pour les points noirs, car, une femme, « …son point noir à elle, elle ne voudrait pas que ça tienne tant de place[11] ».

Ce rapprochement que fait Lacan est tout à fait justifié car dans une lettre à Nora, quelques mois après leur rencontre, James lui écrit : « Bonne nuit ma petite chatounne, […] Écris encore et des choses plus sales, ma chérie. Chatouille ton petit bouton en écrivant pour que cela te fasse dire des choses toujours plus laides[12] ».

D’un côté, « Le gant retourné c’est Nora – dit Lacan – c’est sa façon à lui de considérer qu’elle lui va comme un gant[13] ». Et d’un autre côté, le bouton noir c’est le clitoris. Voici comment débute la sexualité dans ce mariage.  Qu’est-ce que c’est que ce rapport de Nora et Joyce – se demande Lacan – Chose singulière, je dirais que c’est un rapport sexuel, encore que je dise qu’il n’y en ait pas. Mais c’est un drôle de rapport sexuel [14] ».

Nora le gante, elle le serre comme un gant…et ce gant fait aussi partie des objets présidant la rencontre :

Ellmann [15], le biographe de Joyce, nous apprend qu’à l’un des premiers rendez-vous, l’amoureux garde un gant de Nora en gage, tout comme Léopold Bloom dans l’Ulysse. Et comme la paire est dépareillée, il lui envoie une nouvelle paire.

On pourrait paraphraser le poème de Tudal que Lacan reprend dans Encore : « entre l’homme et la femme il y a un mur … », « par entre Joyce et Nora, il y a un gant, un gant retourné où le bouton est à l’intérieur… ».

Dans l’Ulysse, l’auteur se demande : « L’homme et la femme, l’amour, qu’est-ce ? Un bouchon et une bouteille[16] ». Est-ce à dire que Joyce croit au rapport sexuel ?

Que vise Lacan quand, parlant de Joyce, il dit que Nora ne lui sert absolument à rien ? À quoi aurait-elle pu lui servir ?

J.-L.G. : La sècheresse de cette interprétation : « Elle ne lui sert absolument à rien », est faite pour doucher l’exaltation des commentateurs qui ont voulu voir dans les lettres le témoignage du rôle littéraire que Nora aurait joué dans la genèse de l’œuvre de Joyce. Non, elle n’est pas sa muse, elle n’est pas sa Béatrice. Elle n’est pas non plus Madeleine qui a su inspirer à André Gide un amour idéalisé, que lui-même n’a pas craint de rapprocher de l’union mystique de Dante à Béatrice. La relation de Joyce à Nora « la fait apparaitre plutôt mélange qu’union de l’être à l’être qui illustre l’expérience mystique »[17].

Joyce ne fait pas de Nora un objet a, cause de son désir, soit « une femme qui lui soit acquise pour lui faire des enfants, et que de ceux-ci, qu’il le veuille ou pas, il prenne soin paternel »[18]. C’est pourquoi à chaque fois qu’un enfant apparait entre eux, Georgio puis Lucia, cela fait toujours un drame.

Nora sert-elle à sa jouissance ? Ce n’est pas la thèse de Lacan. Joyce est en proie à une jouissance strictement autoérotique. Les demandes faites à Nora de venir épouser les méandres de cette jouissance, sont d’un autre ordre. Elles forment un appel à une opération de serrage d’un corps qui lui échappe.

Le pire égarement [19] est atteint dans cette relation quand Joyce croit porter sa femme dans son ventre. Nous en avons le récit dans un fragment de sa pièce de théâtre « Les Exilés » [20]. On rejoint l’extrême du dérèglement quand on découvre la réciproque, soit la demande de Joyce d’être enfanté par Nora, il le lui écrit : « Ô si je pouvais me blottir dans ton ventre comme un enfant né de ta chair et de ton sang, être nourri de ton sang, dormir dans la chaude obscurité secrète de ton corps ». Là il serait à jamais ganté du corps de Nora, où elle apparait, du point de vue du schizophrène, n’avoir qu’une fonction instrumentale de contenant.

Joyce et Nora se marient 27 ans après leur rencontre, pourquoi ?

D.A. : James consent à cette alliance pour légitimer leurs enfants et pouvoir leur léguer l’héritage. Dans une lettre écrite deux jours avant la cérémonie, le ton est jovial et il plaisante même avec la date du 4 juillet, qui est la date anniversaire de son père et de son frère Georges, « sans parler de l’indépendance américaine », comme il le dit. Il va encore plus loin dans sa boutade : il projette de mettre les gens hors de la scène, avec des accoutrements originaux, une mariée habillée en gardien des plages et le marié avec un voile blanc et un parasol ! James a 49 ans et Nora, 47.

Des raisons profondes avaient empêché Joyce de le faire avant. Dans une lettre à son fils, cinq jours après la cérémonie civile, il dit voir dans l’anneau un symbole de l’esclavage.

Déjà dans Stephen le héros, le personnage principal s’exprime contre cet acte symbolique : il n’est sensé que pour les gens d’intelligence ordinaire et pousse à promettre l’impossible : aimer une femme pour toujours. « …l’amour ou la liberté d’un être humain – dit Stephen – n’appartiennent pas à l’actif spirituel de l’Etat[21] ». Il voit le mariage comme un acte diplomatique qui vise à « gagner quelque pruneau particulièrement succulent [22]». Et « …ce qu’ils appellent le temple de l’Esprit-Saint ne devrait pas être soumis à des marchandages ! [23] ».

Il n’est donc pas étonnant que, fort de cette façon de penser, Joyce ait vécu son mariage comme une intrusion de la presse dans ce qu’il voulait un acte intime. La lettre à Giorgio témoigne de toute la rage dont il est capable et fait part du chantage auquel un journaliste a voulu le soumettre : soit ils décrivaient cette union comme une mariage moderne et l’exercice de l’amour libre, soit ils révélaient que le couple se serait déjà marié à Trieste, ce qui pouvait faire l’objet d’un scandale : les Joyce aurait commis des noces en double !

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Duetto lors des 48e Journées de l’ECF, le 16 novembre 2018

[1] Lacan, J., Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, 2005, p. 84.

[2] Ibid., p. 81.

[3] Svevo, I., Sur James Joyce, Paris, Allia, 2014, p. 12.

[4] Lacan, J., Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, op. cit., p. 84.

[5] Ibid.

[6] Biagi-Chai, F., « Sinthome ou suppléance comme réponse au vide », Conférence à la Section Clinique, Clermont-Ferrand, juin 2010, www.lacan-universite.fr

[7] Maddox, B., Nora : la vérité…, p.84.

[8] Lacan, J., Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, op. cit., p.84.

[9] Lacan, J., « Kant avec Sade », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 772.

[10] Lacan, J., Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, op. cit., p.84.

[11] Ibid.

[12] Joyce, J., Lettres à Nora, Rivages poche, 2012, p. 146.

[13] Lacan, J., Op. cit., p. 84

[14] Ibid., p. 83.

[15] Ellmann,R. James Joyce, Paris, Gallimard, 1962, p. 176.

[16] Joyce, J., Ulysse, Œuvres, T. II, p. 553.

[17] Lacan, J., « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 575.

[18] Lacan, J., Le Séminaire, RSI, livre XXII, séance du 21 janvier 1975, inédit.

[19] Lacan, J., Le séminaire, livre XXIII, Le sinthome, op. cit., p. 74.

[20] Joyce, J., Les Exilés, Œuvres, T. I, p. 1764

[21] Joyce, J., Stephen le Héros, Gallimard, 1948, p. 236, coll. Folio.

[22] Ibid., p. 235.

[23] Ibid.

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