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La lecture de la jouissance comme nouvelle garantie de la parole

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Éric Laurent est intervenu le 28 janvier 2017 à Marseille dans l’après-coup de la publication de son livre : L’envers de la biopolitique. Une écriture pour la jouissance.(1) Un public nombreux était au rendez-vous pour cette conférence qui ouvrait en MAP le cycle : La psychanalyse vivante. Qu’est-ce que psychanalyser au XXIème siècle ? Éric Laurent nous a fait entendre comment l’enseignement de Lacan renouvelle la direction de la cure aujourd’hui.

Lecture de la parole
Une psychanalyse, expérience de parole à partir des équivoques de la langue de l’analysant, implique l’hypothèse de l’inconscient en tant qu’il est un texte à déchiffrer, « structuré comme un langage », selon la formule de Lacan. Mais la dimension pulsionnelle de l’inconscient dévolue, dès le début de son enseignement, à l’instance de la lettre, fait surgir la matérialité du langage.
Éric Laurent avance que, dans la première partie de son enseignement, Lacan fait de la lecture du texte inconscient « une expérience du multiple »(2), du fait des identifications qui se dévoilent au fil de la cure, au fur et à mesure de la levée des refoulements. Puis, dans la deuxième partie de son enseignement, Lacan portera, nous dit-il, davantage l’accent sur l’importance du maniement de l’équivoque. Celle-ci s’appuie sur la matérialité de « la lettre qui articule le texte, se tisse dans les failles qui s’ouvrent dans la parole »(3). Pour Éric Laurent, cela va permettre à Lacan de passer de la garantie trouvée dans le Nom-du-Père à une autre garantie qui s’accroche à l’écriture de la jouissance, sur les bords pulsionnels du corps. Le corps, comme Autre, devient le lieu d’une régulation.

La lettre comme support du discours concret
La dimension de l’écriture dans l’expérience analytique, convoque à la fois le texte inconscient et la lettre. Lacan soulignera la difficulté de lecture du texte, allant jusqu’à parler de l’écrit comme « pas à lire ». Concernant la lettre, Éric Laurent nous a rappelé la définition qu’en donne Lacan dans les Écrits : « nous désignons par lettre ce support matériel que le discours concret emprunte au langage. »(4) La lettre est donc support et plus tard, Lacan parlera d’accroche. C’est la lettre en tant que support qui permet le glissement infini des significations, à travers les deux mécanismes de la métaphore et de la métonymie qui capitonnent « le collier » associatif de l’analysant. Il n’est donc plus question d’un inconscient mémoire, d’un inconscient déjà là. Métaphores et métonymies sont autant de points de capiton nouant la jouissance et le désir. Parler de « discours concret » implique de refuser toute essentialisation de l’inconscient. L’inconscient n’est pas un langage au-delà du langage – pas de métalangage – il s’articule concrètement dans le discours du sujet. Et, à la différence du texte poétique qui dévoile le sens, l’inconscient opère par le chiffrage, grâce aux mêmes mécanismes de la métaphore et de la métonymie. Pourtant, on peut rapprocher le texte poétique et le texte de l’inconscient en tant qu’ils sont une « matière phonique » à l’intérieur de laquelle « les mots jouent tout seuls » comme a pu l’avancer Jacques-Alain Miller dans son cours de décembre 1995. Eric Laurent souligne que l’inconscient est ici saisi non plus seulement comme syntaxe mais comme matière vibrante : reson dira Lacan.

L’interprétation renouvelée
Éric Laurent nous a fait sentir à quel point cela modifie la conception de l’interprétation qui ne se réduit plus à retrouver le chapitre censuré de l’histoire du sujet, le « c’était écrit » univoque. Dans le dernier enseignement de Lacan, l’interprétation consiste alors à ouvrir sur d’autres lectures possibles de ce qui était écrit.

1 Laurent É., L’envers de la biopolitique. Une écriture pour la jouissance, Navarin / Le Champ freudien, 2016.

2 Laurent, É., conférence du 28 janvier 2017, inédite.

3 Ibid.,

4 Lacan, J., Écrits, Seuil, 1966, p. 495.

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