Identités précaires au XIXème siècle, présence de l'analyste

Focus, Hebdo Blog 118

Forum Zadig à Vienne : fabriquer un bord et éviter la forclusion

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Le 9 septembre dernier s’est tenu le premier Forum Zadig en langue allemande. Quelle autre ville que celle qui a vu naître, puis disparaître la psychanalyse, aurait pu accueillir un tel événement ? Vienne, capitale de l’Autriche, où, un peu plus de 70 ans après la fin du régime national-socialiste, un candidat du parti d’extrême-droite (FPÖ) a failli être élu président de la République en décembre dernier.

Les membres du Viennese Psychoanalytique Seminar (VPS) ont organisé ce forum, qui a réuni une vingtaine d’invités issus de la vie politique, culturelle et artistique viennoise. La salle, pouvant accueillir 350 personnes, était pleine et ceci jusqu’à une heure avancée de la soirée, comme Gil Caroz l’a si bien souligné dans son texte « Echos du 1ier Forum Zadig-Wien »[1].

L’auditoire semblait d’emblée partager l’idée que  La peur de l’étranger, titre du forum, était le signe d’un malaise dans nos sociétés occidentales et que, à ce titre, il devrait être traité. Le sous-titre « Ségrégation ou discours » faisait, pour certains, résonner le souvenir de la persécution des juifs avec le rejet des migrants à l’heure actuelle. Gil Caroz en conclut que l’Autriche, n’ayant commencé son travail d’élaboration (Vergangenheitsbewältigung), pour assumer sa responsabilité dans les crimes commis au nom du nazisme, que tardivement, vit toujours avec les « spectres de la nazification ». Ceci est surement vrai, mais on voit bien que dans son pays voisin, l’Allemagne, à laquelle on ne reproche pas sa réticence à faire face à sa responsabilité historique, l’extrême-droite a fait son retour au Bundestag, le Parlement allemand.

Lacan disait qu’il fallait trois générations pour produire la forclusion. Apparemment, nous y sommes. Les derniers témoins vivants de l’époque commencent à disparaître et le souvenir des horreurs de la deuxième guerre mondiale et de la shoah ne fait plus suffisamment limite. Il s’agit, donc, d’agir, à travers des paroles incarnées, en faisant circuler les discours, dans l’espoir que le discours analytique parvienne, sinon à subvertir les autres, du moins à arrêter le tournage en rond des discours prédominants dans notre monde actuel.

Tout au long de la soirée, les échanges furent riches et les interventions, bien que très différents d’une table à l’autre, cohabitaient dans le plus grand respect de la particularité de chaque Un.

Gil Caroz et Lilia Mahjoub animaient les différentes tables de discussion et ponctuaient les interventions en apportant le point de vue psychanalytique sur les questions abordées (l’identité, la peur, la haine, etc.) La tâche était ambitieuse, tant le discours analytique reste marginal dans les pays de langue allemande. Et, en même temps, la tâche était nécessaire, car ce qui émergeait d’un certain nombre de prises de parole ce soir-là, était la croyance en un Autre méchant (les hommes et femmes politiques, les marchés financiers, les migrants) responsables du moment de crise que traverse notre civilisation.

Il incombait donc aux psychanalystes d’interroger, avec tact et diplomatie, cette logique hégelienne du maître et de l’esclave et d’éclairer le débat par l’apport de quelques concepts psychanalytiques. Ainsi, le rapport imaginaire à l’autre avec ses effets d’agressivité et de rejet, la haine de sa propre jouissance et la responsabilité qui en incombe au parlêtre ont pu être abordés.

Le public semblait accueillir cet éclairage de la psychanalyse, nouveau pour lui, avec intérêt, et les nombreuses réactions des intervenants et du public, qui affluent depuis ce soir-là, démontrent qu’un intérêt réel d’interroger les causes de notre malaise existe aujourd’hui à Vienne. Un début semble fait…

[1] Caroz G., Lacan Quotidien n°739, édition du 19 septembre 2017.

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