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Être lacanien, aujourd’hui, chacun à sa façon

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À Angers, il y a des idées, il y a des élans. Il y a de l’énergie : ça secoue, ça tranche, ça vit. L’audace des collègues angevins les a poussés à poser cette question : qu’est-ce qu’être lacanien aujourd’hui ? La question est politique au sens où elle interroge la structure et le fonctionnement de notre communauté dans la spire de l’époque : que fait un psychanalyste lacanien ? Comment le fait-il ? « On ne sait même pas si c’est une profession » pose d’emblée Pierre Streliski, indiquant par là le risque et le refus d’être labélisé !

Le soir du 19 mai, à la suite d’une préparation, menée comme une enquête, et qui a mobilisé notre grande ACF-VLB, huit praticiens orientés par la psychanalyse lacanienne, ont été invités à répondre : huit versions inédites font résonner à nos oreilles la particularité de la rencontre avec Lacan. Nous voilà au vif de la question : « isoler sa différence absolue »[1].

Prenons le témoignage de Patricia Tchanturia, qu’elle resserre autour d’une position aperçue dans son analyse : être prise au sérieux sans perdre son humour. Elle trouve ainsi comment savoir y faire avec son symptôme et peut soutenir les solutions singulières que les protocoles et les standards font taire.

D’autres se sont référés aux dires de leurs patients pour situer l’orientation lacanienne : « Si je suis resté, c’est que vous m’avez entendu, vous ne m’avez pas dit ce que je devais faire » rapporte Jérémie Retière. Il s’agit de pouvoir entendre un sujet sans incarner celui qui sait, celui qui veut son bien. Ensuite, la chose peut être prise sous l’angle universitaire : Hélène Girard souligne ce que le savoir universitaire ne traite pas, ce trou qui au détour d’une impasse soudainement surgit. Être lacanien, c’est cet appétit pour un savoir qui ne s’enseigne pas mais qui peut se découvrir au détour des hasards d’une vie. Hasards qui nous mènent à des rencontres que nos huit invités évoquent et que Monique Amirault décrit ainsi comme un « moment qui ne dure pas, juste le temps d’un éclair, mais dont les conséquences peuvent être déterminantes ». Par exemple, Julie Faivre rapporte qu’elle a été piquée au vif d’une curiosité : qui est ce Lacan que le professeur d’université, exposant le stade du miroir, n’a pas nommé ? Emmanuel Chenesseau, lui, raconte comment il a été frappé par la « musique familière » des séminaires de Lacan à laquelle pourtant il ne comprenait rien.

Pas de règles donc, ni de cadre qui diraient ce que c’est qu’être lacanien, mais des paroles, des signifiants particuliers et des solutions singulières. Être lacanien, c’est une posture de biais qui ne se résorbe pas dans un titre ni dans une compétence ou un diplôme, mais qui suppose des rencontres et des choix. La variété des réponses renvoie à la variété des symptômes, des styles et des inventions. Ce n’est pas le même savoir pour tous. Nous misons sur l’inclassable comme ce qui anime et fait l’essentiel de chacun : une jouissance irréductible. C’est cela précisément qui se fait entendre, comme le dit Guilaine Guilaumé, « nous sommes des uns par uns avec un objet commun à notre charge : faire vivre la psychanalyse d’orientation lacanienne ».

[1] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Choses de finesse en psychanalyse », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, 2008-2009, inédit.

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