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Espérance et désir – À ce projet, personne ne s’opposait

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Le collectif « Théâtre et psychanalyse » de l’Envers de Paris vous convie, le mardi 17 novembre à 19 heures, au Théâtre de la Colline pour la représentation de À ce projet personne ne s’opposait, texte de Marc Blanchet et Alexis Armengol, conception et mise en scène d’A. Armengol, librement inspiré de Prométhée enchaîné d’Eschyle. Un débat avec le metteur en scène et Serge Cottet, psychanalyste, membre de l’ECF, suivra la représentation. Réservations au tarif préférentiel de 20 euros si vous vous présentez de la part de l’Envers de Paris auprès de Myriam 01 44 62 52 82.

 À l’heure où la France va accueillir et présider la 21e Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP21) pour discuter d’un nouvel accord international sur le climat, la pièce de théâtre À ce projet, personne ne s’opposait résonne étrangement.

En effet si l’espoir de la COP 21 est de sauver la planète, les auteurs misent sur l’espérance pour sauver l’espèce humaine. Ils se demandent, à partir de cette adaptation du Prométhée enchaîné « Comment sauver l’humanité ?». S’agit-il de sauver la planète en limitant la hausse de la température ou de sauver l’humanité ?

Le président du Comité consultatif national d’éthique, Jean-Claude Ameisen, pense que « la question essentielle n’est pas celle de l’avenir de ‘la nature’ en tant que telle. […] En détruisant les composantes de la nature qui sont essentielles à notre existence, c’est à l’humanité que nous faisons du mal. Nous devrions remettre le bien-être de l’humanité au centre de nos réflexions sur la nature »[1].

Suivant Eschyle, les auteurs reprennent le thème de la volonté de Zeus d’anéantir l’humanité. « Et à ce projet personne ne s’opposait. Sauf moi, nous dit Prométhée. J’ai sauvé les hommes du sort qu’on leur destinait. J’ai traqué la source du feu. Je l’ai dérobé et leur ai offert ». Prométhée a donc volé le feu pour que l’humanité puisse s’élever. « Que faisons-nous aujourd’hui de ce don ? » s’interroge Alexis Armengol.

Si, à travers le feu, Prométhée a donné aux hommes l’art, la science et la technique, il n’a pas eu le temps de voler la politique, ce qui aurait permis aux hommes de vivre correctement ensemble. Prométhée ne bute-il pas là sur un impossible, l’impossible de donner aux hommes les moyens de se gouverner, rappelant le propos de Freud sur les métiers impossibles formulé en 1925 dans la préface au livre d’August Aichhorn, Jeunesse à l’abandon[2].

Dans le second mouvement de la pièce, A. Armengol se demande « Comment construire à partir de l’espérance ? ». Pandore, se rendant compte de son geste, a refermé la boîte et seule l’espérance, parmi les fléaux qui vont se répandre sur l’humanité, est restée enfermée. L’espoir est-il un fléau comme les autres dans la boîte ou, comme reste, nous évoque-t-il l’objet cause de désir ? Les auteurs semblent aller dans ce sens. En effet, pour eux, l’espérance semble le remède nécessaire pour que l’humanité se reconstruise au-delà de la course à la performance et à son instrumentalisation via le discours du capital. L’espoir sert à penser, nous dit A. Armengol, que « tout est possible, tout est encore possible, tout est toujours possible. C’est peut être d’ailleurs dans la réinvention permanente que se situe la possibilité d’une issue ». Autre manière de maintenir le désir en laissant ouverte la question.

N’est-ce pas là le point principal de la pièce ? L’espérance comme cause du désir. Une fois tous les fléaux répandus sur le monde, il reste le désir indestructible.

[1] voir http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/09/01/jean-claude-ameisen-il-ne-faut-pas-seulement-se-focaliser-sur-le-climat

[2] Aichhorn A., Jeunesse à l’abandon, (1925), Préface S. Freud, Toulouse, Privat, 1973.

crédit photo (© Elisabeth Carecchio)

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