C'est l'été avec l'HB, aux côtés de M.-H. Brousse, P. Lacadée et le dernier numéro de La cause du Désir​

Édito, Hebdo Blog 43

Éditorial

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Ce numéro 43 de L’Hebdo-Blog est un double événement : L’Hebdo-Blog a un an ! Oui vous pouvez chanter, et même danser ! Mais il y a autre chose : vous avez devant les yeux la  troisième édition spéciale des 45es Journées de l’ECF. Cette série de trois numéros spéciaux a été rendue possible grâce à la nouvelle voilure de notre embarcation. En effet, avec son rythme hebdo, ses flèches, ses textes ciselés, L’HB est vif et prompt, il permet ainsi de répercuter quasi immédiatement l’incroyable travail qui anime les ACF partout en France, pour s’élancer vers les Journées. Ce n’est pas pour rejoindre « le mouvement du monde »[1] que nous avons voulu un véhicule léger et vif, mais pour être à l’heure de l’époque. Une époque qui clique, zappe, survole, pour ne s’arrêter que sur ce qui, ô surprise, accrochera le désir et arrêtera sa course, un temps.
L’HB a dernièrement ouvert quelques-unes de ses portes au public, c’est une petite révolution qui résonne avec le message puissant qu’a fait passer Christiane Alberti lors de l’Intercartel d’Agen (dont vous trouverez écho dans ce numéro), indiquant que c’est en faisant vibrer largement notre désir que nous donnons chance à certains de rencontrer le leur.

Point de départ…

Éric Laurent, dans  son texte  « Genre et jouissance » publié dans l’ouvrage collectif Subversion lacanienne des théories du genre[2] commence son propos avec cette question : y a-t-il une théorie du genre ? En citant Judith Butler, nous dirons qu’il nous introduit tout de go au cœur du titre des Journées : « Faire couple », formule choc qui illustre la part de parodie que comporte cette entreprise. Si le genre, pour J. Butler, est « un acte performatif, comme une série de gestes, d’attitudes, de postures, de normes, des sortes de parodies sans cesse répétées pour acquérir leur légitimité […] », faire couple ne relève-t-il pas aussi de ce jeu ? Virginia Woolf n’était pas sans savoir combien s’imposait le juste maniement des semblants à qui veut entrer dans la danse : « Si différents que soient les sexes, ils se mélangent. Dans chaque être humain se produit une vacillation d’un sexe à l’autre, et souvent ce sont les seuls vêtements qui conservent l’apparence mâle ou femelle, cependant qu’au-dessous le sexe est à l’opposé même de ce qu’il est au-dessus ».[3]

Dessus ou dessous ? Les êtres parlants ne chanteront jamais à l’unisson. Ils ne feront couple que s’ils parviennent à défricher entre les fougères un sentier, malgré l’obstacle à la rencontre qu’est le phallus : un homme, sujet qui a choisi de se ranger côté mâle dans la sexuation, jouit du fantasme et ne peut atteindre son partenaire que par ce fantasme. L’embrouille est donc au rendez-vous car une femme peut, elle, avoir rapport à la jouissance phallique, localisable, et à la jouissance « supplémentaire », jouissance du corps non limitée à l’organe phallique, et jouissance de la parole. Comment alors, compte tenu de ce répartitoire, pourra éclore un couple ? Ce numéro spécial J45 nous en montrera quelques bourgeons. Bonne promenade cher lecteur !

[1] Miller J.-A., L’orientation lacanienne, « Choses de finesse en psychanalyse »,  enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de paris VIII, leçon du 12 novembre 2008, inédit.

[2] Laurent  É.,  « Genre et jouissance », in Subversion lacanienne des théories du genre,  Ouvrage collectif sous la direction de F. Fajnwaks et C. Leguil, Éditions Michèle, Paris 2015,  p. 146.

[3] Woolf V., Œuvres romanesques, II, Orlando, Gallimard, NRF, « Bibliothèque de la Pléiade », Paris, 2012, p. 318.

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