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Événements, Hebdo Blog 05

Échos du 6e Colloque Médecine & Psychanalyse de Clermont-Ferrand

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Le 6° Colloque Médecine & Psychanalyse s’est tenu les 25, 26 et 27 septembre dernier[1] sur le thème « La clinique contemporaine. La plainte ».

Deux conférences ont donné d’emblée le ton. Pour le Pr J.-E. Bazin, professeur d’anesthésie et réanimation à Clermont-Ferrand, il y a « une plainte irréductible qui ne peut se résoudre dans un protocole de soin ». À partir de la techné d’Aristote, le Pr J.-C. Weber, chef de service de médecine interne au CHU de Strasbourg, nous a introduits à la « microcréativité », selon lui exigible du médecin ; invention hic et nunc d’un comportement qui n’est pas entièrement prédictible. Il a conclu par cette très belle formule : « Le médecin ne peut que laisser à désirer ».

Du « vouloir un enfant » au burn out

Trois psychanalystes parisiens, dans une séquence coordonnée par Marga Auré, ont montré comment la clinique contemporaine s’inscrit dans le « malaise dans la civilisation ».

Deux présentations cliniques évoquant les « exploits de la chirurgie » nous ont montré comment la rencontre avec l’analyste fut, pour l’un des cas, occasion de questionner la paternité et ouvrit, pour l’autre, la possibilité d’une socialisation.

Plaintes et addictions

Tel était le thème choisi par l’équipe venue de Belgique. J.-L. Aucremanne sous le titre « Artaud, plainte, persécution et création » illustra comment Artaud « revendicateur d’un corps sans organe » par « son invention d’écriture », fit de son art et de sa folie son traitement pour vivre.

Le corps

Du corps, entre science et famille, l’équipe espagnole isola comment, l’objet du besoin, d’être objet possible disponible sur le marché, devient objet de la demande. Les Italiens abordèrent quant à eux la démarcation difficile entre déficit et excès, traitée aussi par d’autres collègues ayant affaire davantage à des questions liées à la proposition et l’acceptation de traitements chirurgicaux dans la clinique contemporaine. Nous avons ainsi pu suivre, dans l’après-midi, le trajet d’un sujet obèse : chirurgie bariatrique, puis esthétique, médecin nutritionniste, quid des effets sur la pulsion ?

Les Bordelaises nous présentèrent comment, à donner la parole à un sujet le corps peut être traité : une solution s’élabore pour chacun au cours d’entretiens orientés par la psychanalyse.

La plainte : philosophie, linguistique, justice, psychanalyse et littérature

Après les trois interventions de Chrisian Godin[2], Mylène Blasco[3] et Anne Robert[4],

Dominique Laurent montra comment, avec Lacan, la psychanalyse offre « un espace de respiration, un espace pour le réel de la plainte » qui, par l’acte de l’analyste, peut devenir symptôme. Jean Reboul[5], dans un langage très poétique, fit résonner l’inaccessible de la rencontre. Christine Jacomet[6], rendit compte du « pas de côté » opéré par un sujet alcoolique après une présentation clinique. L’écrivain Louise L. Lambrichs et son amour de l’écriture nous ont transportés dans son engagement auprès de malades atteints de cancers.

L’exercice médical

Nous en retiendrons deux points forts : la thèse « en médecine qualitative » de Julien Druet, jeune médecin qui a appris à écouter la plainte à partir des présentations cliniques faites dans un service de médecine interne.

La dernière séquence du colloque fut consacrée à la difficulté actuelle de l’exercice. Le burn out concerne, aussi, 5% des médecins et le risque de suicide est multiplié par 2,37% par rapport à la population générale. Araceili Teixido[7] interrogeant la violence faite aux médecins fit entendre comment le retour de la jouissance dans chaque passage à l’acte violent n’avait pu être aperçu. Partant de la souffrance du patient, elle en vint à évoquer celle du médecin et conclut que pour explorer correctement la souffrance de l’autre il faut d’abord explorer la sienne.

Pour conclure : ce colloque fit la démonstration que médecine et psychanalyse se décomplètent et, ce faisant, fraient une voie d’accès possible au malaise dans la civilisation qui va se perpétuant.

[1] Dirigé par Marie-Elisabeth Sanselme-Cardenas et Jean Reboul, présidé par Dominique Laurent et le Professeur Pierre Philippe.

[2] Christian Godin, professeur de philosophie à Clermont-Ferrand.

[3] Mylène Blasco, enseignante en sciences du langage à Clermont-Ferrand.

[4] Anne Robert, juriste.

[5] Psychanalyste, membre de l’ECF et de l’AMP.

[6] Praticien hospitalier en infectiologie.

[7] Psychologue et psychanalyste à Barcelone.

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