C'est l'été avec l'HB, aux côtés de M.-H. Brousse, P. Lacadée et le dernier numéro de La cause du Désir​

Édito, Hebdo Blog 79

Du sang sur la Promenade

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C’est la rentrée. Certains font leurs cartables ou vérifient leurs tenues de travail. Les niçois pansent leurs plaies et pensent à leurs morts, comme ceux de Charlie, de l’HyperCasher, du Bataclan ou de Bruxelles, d’Ankara, de Syrie ou d’Irak. L’ennemi frappe quand bon lui semble et sait choisir ses cibles. On peut dire que la haine est aveugle aussi bien qu’on peut la dire lucide : elle vise la vie et tout ce qui fait lien.

Notre amie Maryline Desbiolles a dit superbement dans Le Monde (daté dimanche 17- lundi 18) que cette Promenade est faite du brassage des touristes, des exilés, des écrivains des artistes. Elle a su rappeler que si nous voulions rassurer tous ceux qui nous ont gentiment fait signe et qui s’assuraient que nos proches n’avaient pas été touchés, nous l’étions tous : Nous, niçois, abreuvés de soleil et d’azur aux franges de la mer, nous sommes touchés, depuis ce 14 juillet 2016. Nous sommes touchés dans nos proches : 85 morts à ce jour dont 10 enfants, et des blessés en nombre…Ces prochains inconnus, natifs du lieu ou étrangers, vivant et travaillant sur cette rive et ses galets ou passants pour des fêtes estivales.

Cette promenade s’appelle « des Anglais », en souvenir de ceux qui ont transformé le chemin de sable bordé d’orangers amers, où les barques des pêcheurs étaient tirées à l’aube, en un site cosmopolite et grandiose. Les rues et les maisons portent témoignage de tous ces visiteurs qui ont cru trouver ici la paix et la survie, ou l’anonymat salutaire : Eva Freud, Charlotte Salomon, Jean Moulin, après Apollinaire, Romain Gary et tant d’autres. Tant d’autres, comme les travailleurs immigrés qui ont construit la ville touristique actuelle, qui se sont entassés par milliers dans les bidonvilles à l’embouchure du Var…

Il y a, en France, des lieux qui sont à bien des égards plus « typiques ». Plus vrais ou plus français, sans doute. Nice, à plus d’un titre, est un lieu de passage. Une terre pour gens étrangers ou étranges, comme Nietzsche dansant de bonheur sur cette Promenade où il voyait une corne d’Afrique plantée dans le flanc de l’Europe.

Tout cela fait que la psychanalyse est ici chez elle, malgré les chromos et les cartes postales, les caricatures et le pastis. Nice est charnellement extime.

C’est une des choses que l’on voulait frapper, en même temps que cette fête et son insupportable liberté. Car c’est la joie et la liberté qui ont été visées, à Nice comme à Paris et Bruxelles, aujourd’hui comme hier, par « les ennemis du genre humain ».

Nice a été aussi choisie pour ses relents coloniaux : il était tentant de souffler sur les braises et de pousser à l’affrontement racial. Des dirigeants de rencontre, qui sont hélas nos élus, n’ont pas manqué d’attiser les passions, plutôt que de se montrer à la hauteur de notre destin.

Matisse a peint cette vue splendide, qu’un hurluberlu fanatisé a maculé de sang. Ce littoral a toujours eu le sens de la tragédie…

L’Hebdo-Blog aujourd’hui fait trace de cet événement, avec le texte de Maryline Desbiolles ainsi que le témoignage de deux jeunes collègues de notre champ qui, parmi beaucoup d’autres, ont pris part à l’accueil de tous ceux qui avaient à dire leur souffrance.

 

 

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