Identités précaires au XIXème siècle, présence de l'analyste

Clinique, Hebdo Blog 119

Conversation clinique à Ville d’Avray

image_pdfimage_print

En ce lieu magnifique, sous les rayons d’un soleil éclatant, prémisses de l’été indien, une après-midi de travail aussi dense qu’éclairante nous attendait le 14 octobre. Dominique Laurent, extime pour cette Vème conversation clinique préparatoire aux J47, introduit les deux séquences de travail qui suivront par ce titre « Vanité du savoir, vérité de la jouissance ».

Elle en dépliera la subversion dans le contexte du discours de la science dominant aujourd’hui, celui des sciences cognitives au service de la norme universelle à atteindre, pour tous, par des méthodes d’apprentissage dites efficaces(1), et, en reprenant le fil de l’enseignement de Lacan. Si la psychanalyse vise en effet ce qui résiste, insiste, embrouille – vérité de la jouissance, Dominique Laurent souligne et rappelle, contre toute perspective cynique d’une psychanalyse qui s’arrêterait à la loi d’airain de la jouissance et d’un savoir y faire avec, le basculement qu’opère la Proposition du 09 octobre 1967.
A partir de là, la fin de l’analyse et la position de l’analyste seront articulées au désir de savoir, conception corrélative d’une nouvelle définition de l’inconscient indexé à sa matérialité et de la vérité promouvant « le savoir comme articulation de signifiants hors sens »(2). La cure, au-delà du sens, de S1 vers S2, pointerait vers un S1 tout seul, ne fonctionnant plus comme un signifiant. D’où la question de la transmission de ce savoir si singulier qui ne s’enseigne pas, produit du parcours analytique, de l’amour de transfert ou horreur de savoir au désir de savoir, dont les AE rendent compte dans notre Ecole.
Ainsi le savoir dans la psychanalyse dont le point de fuite reste celui du rapport sexuel qui ne cesse pas de ne pas s’écrire, oblige à une exigence épistémique rigoureuse, que cette après-midi de travail confirme.

Les trois cas de la première séquence auront déplié chacun à leur manière, pour ces sujets respectivement débordés, embrouillés et empêchés avec le savoir, comment l’analyste opère là où les diagnostiques-étiquettes impliqueraient un protocole de forçage et de rééducation à la norme sociale du « pour tous ». Ces cas très contemporains auront ainsi montré que si la solution avec la psychanalyse n’est pas toute prête du côté d’un clinicien au savoir a priori, elle ne se fait pas pour autant sans lui.
Ainsi, ce jeune homme reçu par Pierre-Ludovic Lavoine dans l’imminence d’un passage à l’acte avec un contexte hallucinatoire : pour ce sujet dressé au travail par un père incarnant pour lui la figure persécutrice d’un idéal de savoir sans faille, l’analyste, via la modalité de la conversation, en se laissant enseigner et visant une décomplétude de l’Autre, aura pu ne pas incarner un Autre omniscient, persécutant – marge de manœuvre délicate et sur le fil.
Le cas éminemment contemporain, emblématique de notre problématique, qu’Omaïra Meseguer nous propose, nous enseigne quant à lui sur ce qui s’écrit de la position de jouissance d’une adolescente qui, tout en venant la rencontrer pour « phobie scolaire », se présente à elle comme une « dys » : dyslexique et dysorthographique. La direction de la cure lui permettra de produire sa propre définition de la dyslexie, où l’insupportable d’une lettre remplacée par une autre fait écho à sa position d’objet, remplaçant dans le désir de la mère une autre fille morte-née au même prénom, à une lettre près !
Enfin, L’envers du travail proposé par Bénédicte Jullien éclaire sur ces sujets qui, aux prises avec un surmoi féroce en ces temps d’idéal de performance, se retrouvent précisément en panne. Ici c’est une panne dans les études, que cette jeune femme recouvre d’abord par un traumatisme d’attouchement sexuel subi dans l’enfance. Là où d’autres en auraient fait leur miel, l’analyste, sans faire l’impasse sur ce fait, ne lui donnera pas consistance, prélevant le signifiant « travail », signifiant-maître pour ce sujet, associé au grand-père, tout juste décédé, et déporté en camp de travail pendant la guerre ; cela l’orientera vers une perte de jouissance lui permettant de retrouver sa voie au travail en desserrant un surmoi mortifère.
Puis vint la deuxième séquence de l’après-midi, ouverte par Mireille Battut, présidente de La Main à l’oreille, association de parents et d’amis de personnes autistes, dont les propos si précieux ont raconté comment « elle s’est laissé enseigner par son fils Louis à devenir la mère de cet enfant-là »(3). Pour finir, Liliana Salazar-Redon reprit le parcours d’un sujet qui de ses 4 à 15 ans a vu se transformer le trop de bruit et de regard des acteurs sociaux éducatifs qui l’entouraient en partenaires de traitement de son réel, loin du forçage préconisé au départ.
Quelle après-midi enseignante ! Preuve s’il en était besoin, que l’exigence épistémique et éthique, loin de tout cynisme, est bien ce qui oriente l’analyste, tant dans les cures que dans ses travaux.

1 Voir le programme d’enseignement à l’Ecole normale et le séminaire de Stanislas Dehaene en Psychologie cognitive expérimentale au Collège de France qui articulent éducation et sciences cognitives.

2 Dominique Laurent, « Vanité du savoir, vérité de la jouissance », Vème Conversation de Ville d’Avray, 14-10-2017.

3 Expression de Dominique Laurent suite à l’intervention de Mireille Battut.

Recommended