Identités précaires au XIXème siècle, présence de l'analyste

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Comme on va à la rencontre

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Après, projet d’Eric Baudelaire présenté à Beaubourg du 6 au 18 septembre, ou le pari tenu, soir après soir, de faire circuler une parole autour de l’indicible.

Le 18 septembre, après la dernière soirée intitulée T pour Le temps presse, animée par Pierre Zaoui avec la réalisatrice syrienne Hala Addallah et Véronique Nahoum-Grappe du Comité Syrie-Europe, Eric Baudelaire a employé le terme de « brèche » pour dire ce qui venait de se terminer sans rien clore : « Après », une exposition rare dont Marcella Lista était commissaire pour le Centre Pompidou, et où nous nous sommes avancés, nombreux, surpris, touchés, comme on va à la rencontre.

Brèche vient de l’allemand brecha-fracture, brechen- briser, et désigne une ouverture, une trouée accidentelle ou volontaire dans un mur, un obstacle artificiel ou naturel par où l’on peut pénétrer.

C’est ce qu’ont été ces 12 jours sur le grand plateau de la Galerie 3 : la surprise d’une brèche où s’avancer au présent vers la fracture restée ouverte depuis les attentats du 13 novembre 2015. Car « Après est un projet sur le temps présent », écrit Eric Baudelaire dans le livret de l’exposition, « un temps ressenti comme un enchevêtrement constant d’après : après l’événement, après la catastrophe, après le bouleversement des certitudes ».

L’enchevêtrement n’est-il pas ce qui reste de la rencontre avec l’impossible, dont Lacan dit qu’il est ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire[1] ? – phrases et questions sans repos, inséparables de l’innommable, se tordant comme les serpents sur la tête de Méduse.

À partir de cette rencontre avec le réel, Eric Baudelaire a cherché « un principe de travail qui admette qu’on se sente perdu face à l’indicible ». Pour cela, il a choisi de ne pas chercher à « déceler une vérité » mais de « poser un cadre » sur la brèche. Il a d’abord tourné un film puis construit ce projet à plusieurs dimensions : présentées aux murs, sur des tables ou dans des récepteurs des œuvres rares et disparates, tendu dans le vide central un immense écran de projection pour son film Also Known As Jihadi, et plus d’une centaine de chaises disposées pour accueillir ceux qui voulaient s’asseoir et débattre avec les invités du soir.

La programmation de ces débats, au prétexte d’une lettre tirée d’un abécédaire incomplet (A pour architecture, E pour école, J pour Justice etc.) a permis que circulent entre les invités, les organisateurs et le public des bouts de questions, des bouts de savoir, loin des positions d’expertise. Ainsi, avec H pour Hypnose la conversation a-t-elle résonné de l’éclairage précieux de la psychanalyse proposé par Camilo Ramirez.

Tenir soir après soir à rendre possible cette circulation de la parole, avec ses trébuchements, dans cet espace public, était un pari fort. Celui d’arracher quelque chose à l’indicible de l’horreur tout en veillant à ne pas saturer la brèche de sens.

Celui enfin d’ouvrir ce lieu à la contingence de la rencontre pour que quelque chose puisse cesser de ne pas s’écrire.

[1] C’est dans ce cesse de ne pas s’écrire que réside la pointe de la contingence […] Le ne cesse pas du nécessaire, c’est le ne cesse pas de s’écrire […] Le ne cesse pas de ne pas s’écrire, par contre c’est l’impossible. Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre XX , Encore, (1972-73), Paris, Seuil, 1975, p. 86

 

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