Identités précaires au XIXème siècle, présence de l'analyste

ACF, Hebdo Blog 118

Clinique contemporaine en acte

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L’introduction de Béatriz Vindret à l’après-midi de la section clinique qui s’est déroulée ce samedi 7 octobre 2007, rappelle le mic-mac de cette catégorie de déprime-dépression, hors étiologie, dont se nourrissent aujourd’hui les chercheurs, les laboratoires pharmaceutiques, les organes bureaucratiques. Mais la dépression est d’abord pression, pression du non-rapport sexuel, de ce ratage qui est ce qui se met en croix dans la course au bonheur.

Cet après-midi s’est distribué en deux séquences, portant chacune sur trois cas cliniques qui ont constitué le suc de notre conversation. Reçus dans des organismes de soins ou, pour l’un, dans le cadre d’une des associations de la FIPA, ils portent la forte empreinte de notre époque à deux titres. D’une part, pour la première séquence, c’est un symptôme survenu sur les lieux du travail qui a été à l’origine de la demande d’entretien ; d’autre part la plupart témoignent, en le prenant à revers, du ravalement croissant de la singularité qui est à l’œuvre dans les institutions censées accueillir le sujet. Aussi ces conversations cliniques font elles d’autant plus école, animées qu’elles sont par des psychanalystes ayant à cœur de puiser dans chaque cas les linéaments qui lui sont propres.

Ainsi, pour cette personne, l’inoffensif séjour à la campagne conseillé par un psychiatre pour «  soigner » sa dépression, se révèle-t-il, à l’aune des entretiens, raviver les coordonnées tragiques de la mort de son père. Pour cette femme, la contrainte posée par les organismes officiels de reprendre un emploi dans le domaine de l’enfance s’avère-t-elle délétère, quand un phénomène élémentaire, portant sur ce point, manifeste la charge mortifère qui peut en sourdre.

Jean-Daniel Matet, animant cette séquence, nous a fait stationner sur ces points enseignants. Chacun des cas ainsi historisé s’est-il trouvé marqué de cette surprise qui n’a pas manqué de rejaillir sur l’auditoire. Précisons que pour la plupart de ces patients, c’est la contingence des rencontres qui leur a valu d’être accueillis par un praticien orienté par la psychanalyse, quand leur demande première ne comportait pas cette adresse. Et c’est là aussi un trait d’époque. Le pari qu’annonçait le titre de l’après-midi «  La dépression : Signal d’alarme ? Trouble de l’humeur ? Affect ? », déjouant les catégorisations trop hâtives a été tenu, tenu au sens de ne pas faire des notions psychanalytiques, un refuge trop étanche, un abri confortable.

Ainsi les signifiants propres au sujet, dans chaque cas, ont-ils été soigneusement considérés et débattus. Yves-Claude Stavy, autre discutant de l’après-midi, nous a arrêté sur le mot fugue qui, pour telle patiente, n’avait pas le sens attendu. Ou sur le fait que, se précipiter sur la formule «  objet déchet », pour tel autre patient dont on ne pouvait préjuger de la mélancolie, pouvait nous faire rater l’essentiel du cas. Introduite par Beatriz Vindret, le débat s’est ainsi enrichi au fil des commentaires de Bertrand Lahutte, Yves-Claude Stavy, Jean-Daniel Matet. Des notions, comme la réticence, ont été reconsidérées, des remarques cliniques précises ont été amenées sur le fait par exemple que le patient, à l’issue des entretiens, pouvait en repartir avec sa propre lecture de ce que lui était arrivé, et donc se faire responsable, ce qui constituait un des attendus d’un suivi.

La participation de l’auditoire n’a pas été moindre, dans la discussion des cas les plus problématiques et à l’issue encore incertaine. J.-D. Matet a clôt l’après-midi par un exposé d’introduction au prochain thème de travail des sections cliniques : « Les formes contemporaines des délires ». Rappelant l’assise du concept dans une clinique psychiatrique, bien datée aujourd’hui il faut le dire, mais dont les enseignements restent pour nous vivants grâce à Jacques Lacan, l’enjeu du travail à venir sera donc de relever les formes contemporaines que peut prendre ce concept remis à jour d’abord par Jacques Lacan lui-même, dans son dernier enseignement, prolongé ensuite par Jacques-Alain Miller, notamment dans sa conférence de Buenos Aires de 2012, introduisant au IXème congrès de l’Association Mondiale de Psychanalyse «  Le Réel au XXIème siècle »

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