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Ça n’passe pas ! …mais ça insiste

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LACF IDF organise son colloque annuel le samedi 13 décembre 2014 à Bourg-la-Reine (92)[1] avec la participation de lACF CAPA et de Serge Cottet, Fil Rouge de la Journée. Des psychologues, des psychiatres, des psychanalystes, des enseignants, mais aussi un artiste peintre, un cinéaste, un directeur de théâtre exposeront sous le titre : « Ça npasse pas ! mais ça insiste ». Ce thème est issu des travaux des ateliers franciliens.

Charles-Henri Crochet nous en donne ici un avant-goût, en forme d’argument.

Un grain de sable coince les aiguillages, apparemment bien huilés, du discours de la science allié au discours capitaliste. Corps et âme, l’être parlant s’échine, avec « patience et courage »[2], à « supporter ce qui n’passe pas »[3] et à affronter l’intolérable de son monde. Quelle est cette aspérité qui l’achoppe ? Un petit détail, parfois, ébranle son train-train quotidien ou déséquilibre toute velléité d’harmonie. Une faille inhérente, une béance structurale, signent sa singularité. Parce qu’il parle, le vivant est aux prises avec ce que le signifiant implique d’insupportable pour chacun.

Dans cette faille Lacan note une oscillation[4], une vacillation : « entre la cause et ce qu’elle affecte » ça n’colle pas. Bien au contraire, ça défaille, ça rate et ça trébuche. Lacan y loge l’inconscient freudien. Et de rajouter : « ce qui se produit dans cette béance, au sens plein du terme se produire, se présente comme la trouvaille, […] la surprise, […] ce par quoi le sujet se sent dépassé »[5], mais qu’il attendait. Cette solution singulière est « retrouvaille [et] toujours prête à se dérober à nouveau, instaurant la dimension de la perte »[6], du manque fondamental. L’absence ici n’est pas le fond de l’affaire. C’est la rupture qui ouvre la voie à l’absence « comme le cri non pas se profile sur fond de silence, mais au contraire le fait surgir comme silence »[7].

Notre civilisation nous promet de résorber l’inassimilable, de gérer l’impossible, de suturer la faille. Elle tente de plaquer à chaque problème une solution clef en main, uniformisante. La rencontre du langage et du corps ne produit nulle homéostase, mais plutôt une marque indélébile et unique chez chaque sujet. Le défaut de satisfaction de la pulsion chez l’être parlant est irrésorbable. Le train de la vie est une « chaîne […] de destin et d’inertie, de coups de dés et de stupeur, de faux succès et de rencontres méconnues, [qui] fait le texte d’une vie humaine »[8]. Là où ça s’enraye, « la psychanalyse peut permettre que ça puisse rater de la bonne façon »[9], au plus proche de ce qui fait la singularité du sujet.

À partir de ce qui n’passe pas, à partir des failles manifestées par les formations de l’inconscient, à partir de l’angoisse qui fait signe du réel, nous entendrons comment le parlêtre peut s’en saisir pour en faire autre chose. Comment en « [cessant] de croire à son symptôme, […] le sujet a chance de pouvoir s’en servir »[10]. Comment l’humus humain du XXIe siècle peut s’ouvrir à l’invention, à la création. Comment peut résonner la fonction de l’impossible dans le malaise contemporain.

[1] Samedi 13 décembre 2014 – 9 h à 18 h – Salle Agoreine – 63bis, boulevard du Maréchal-Joffre – Bourg-la-Reine (92) – à deux pas du RER B, station Bourg-la-Reine – Réservation recommandée Blog : acfidf.org

[2] Lacan J., Le Séminaire, livre xx, Encore, Paris, Seuil, 1975, p. 78.

[3] Miller J.-A., El hueso de un análisis, Buenos Aires, Tres Haches, 1998, p.73.

[4] Lacan J., Le Séminaire, livre xi, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1973, p. 25.

[5] Ibid., p 27.

[6] Ibid.

[7] Ibid., p 28.

[8] Lacan J., « Propos sur la causalité psychique », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 159.

[9] Miller J.-A., « Vers PIPOL 4 », 37es Journées de l’ECF, Paris, 12 octobre 2008, inédit.

[10] Miller J.-A., Présentation du congrès AMP 2006, « Le nom-du-père, s’en passer, s’en servir », 33es Journées de l’ECF, Paris, 2004, inédit.

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