Identités précaires au XIXème siècle, présence de l'analyste

ACF, Hebdo Blog 117

Ça ne s’apprend pas, ça s’invente, c’est l’X d’un désir.

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Du corps, des corps, on le sait, il n’y a pas de mode d’emploi . C’est ce que Jérôme Lecaux annonce en ouverture de sa conférence : je ne suis pas un expert. J’y entends le titre de la chanson, je ne suis pas un héros, un R.O, qui résonne avec le témoignage de passe de notre invité, AE en exercice.

Tout au long du Colloque1, Le corps s’en servir, Jérôme Lecaux s’est fait lecteur attentif des interventions d’une façon telle que le fil s’est trouvé à chaque fois dégagé, fil rouge du désir du psychanalyste, de ne pas laisser l’ataraxie prendre le pas, mais plutôt de choisir de lire, et de dire ce qui a lieu, au niveau où le corps parlant se manifeste. La conférence de Jérôme Lecaux venait ponctuer le Colloque à la mi-journée sous le titre: Lettre X.

X de la cause, X de la chose, X du désir : c’est ce qui se trouve décliné, chacun son X, chacun son style. Corps, décors, et usages : façon de se servir de ce qui est là, ou au contraire d’inventer quelque chose à la place de ce qui manque, de donner consistance et chair à des paroles errantes, douleur d’exister qui s’incarne, trop plein, trop vide, trop dense, ou immatériel…..

Patricia Wartelle, DR en exercice, ouvre la journée avec les axes qui ont fait la trame de notre préparation : critique de la gouvernance biopolitique et son envers tel que déplié par Eric Laurent, et attachement à la clinique au singulier, des 1001 façons de se faire un corps ou de lui tracer un bord, ou encore d’en faire l’instrument du parlêtre.

D’abord une matinée clinique : quatre cas exposés, épars désassortis qui font série grâce au sérieux de chacun des intervenants, au soin porté à extraire l’articulation juste, qui va permettre à l’auditeur de lire le cas, « comme si on y était ».

Etre la douleur jusque dans son ultime conséquence, est le destin d’une femme que nous présente Mathilde Barrier : pétrification réelle, jusqu’à la limite de mouvoir un corps qui ne consiste plus qu’en sa douleur. Dignité de la parole de cette femme, qui parvient jusqu’à Mathilde et qu’elle recueille, pour s’en enseigner avec nous.

Pour Mathis, que nous présente François Lehoux, potier, céramiste qui anime un atelier avec des enfants, c’est la possibilité de faire signe de son existence au moyen d’une empreinte dans la terre qui va constituer l’embryon d’une rencontre, grâce à l’accueil que lui fait François qui par exemple, aide le garçon à débarrasser ses vêtements de la poussière qui vient se coller sur ses vêtements, comme une évidence, tranquillement, sans pourquoi.

L’adolescente que présente Marion Evin pourrait devenir Grand Couturier. D’autres qui avaient comme elle, le besoin de se faire un corps sont devenus de grands artistes créateurs de mode, je pense au YSL célèbre bien sûr. Mais en rencontrant Marion Evin qui prend au sérieux son goût pour la mode, cette jeune fille va peu à peu se tresser un corps, selon la jolie expression de Marion. Il y a quelque chose de joyeux dans la complicité qui s’instaure, qui tire la jeune fille du côté de la vie.

Amandine Mazurenko nous donne à entendre elle, les infinis allers et retours, détours et impasses qui émaillent la rencontre avec un petit garçon au corps marqué. Son tâtonnement et les petits éclairs qui ponctuent sa présentation témoignent de façon très authentique de ce work in progress que constitue le travail avec un enfant marqué, en effet, dans le corps, et dans la parole, par des trait autistiques.

Avec le cas apporté par Jean-Philippe Parchliniak, c’est une performance inouïe qui nous est donnée à entendre : celle d’une jeune femme de 30 ans, qui a dû consentir adolescente, à passer de l’être un garçon à un être de fille, du fait de l’incertitude de la science et du désir de sa mère, étrangement conjugués, croisés, désaccordés. Ici aussi on constate comment ce qui peut s’apprendre est insuffisant à faire consister un corps. Ça ne s’apprend pas. Mais ça peut se dire, et ce faisant, se savoir, comme un possible., ou comme impossible, selon.

L’après-midi avec le CPCT, on change de tempo : Philippe Jonquet du CPCT-Paris nous parle d’abord d’Un regard qui en dit long, mais sans vouloir le dire. Puis Claude Quenardel nous présente Henri l’extravagant. Ici c’est la fulgurance de l’effet thérapeutique rapide qui s’entend. Pas de cure sur des années, 8 séances, 15 séances parfois, et quelque chose est touché, mobilisé, qui devient acceptable, ou qui peut s’articuler dans une demande.

La conversation qui clôture la journée nous emmène sur les routes et dans les institutions de notre époque en déroute, parfois. On entend les destins des corps, quand ils sont envisagés comme corps seuls, et non comme corps parlants, purs objets de marchandisation. Ça fait froid dans le dos. C’est du réel qui nous regarde, et qui nous plonge dans le malaise, éclairé cependant par les témoignages de nos invités : Jean-Marc Thouvenin professeur de droit international, et Vessela Banova, psychanalyste à Sofia, membre de la NLS, et du Groupe de Recherche et d’Étude contre la Traite des Êtres Humains. Leur engagement et leur lecture des faits nous permettent de lire ce qui a lieu sous nos yeux. Reste le malaise. La conversation s’engage sur ces questions plus glaciales que brûlantes, avec Bernard Seynhaeve et Christophe Delcourt, tous deux membres de l’École de la Cause Freudienne.

Tout au long de la journée, la formidable compagnie Spectralex, nous accompagne, spectres enjoués et travestis spectaculaires, qui offrent un miroir assez réjouissant au réel qui nous entoure nous déborde parfois, et qui grâce aux artistes, se trouve comme désamorcé.

Bravo aux organisateurs et aux intervenants qui ont su donner chair et vie à ce thème Le corps s’en servir. Bel avant-goût des J47 : Apprendre, désir ou dressage, qui auront lieu au Palais des Congrès à Paris les 25 et 26 novembre prochains.

1 co-organisé par l’ACF-CAPA, le CPCT-CA, l’Antenne Clinique de Prémontré, (Reims et Amiens), le Collège clinique de Lille, à Reims, ce 30 septembre

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