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Bang Gang : où se loge le scandale ?

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Eva Husson, la réalisatrice de Bang Gang, sorti sur les écrans en janvier dernier, a pu dire la nécessité de traiter ce qui a fait mauvaise rencontre pour elle avec un fait divers ayant fait scandale aux États-Unis. Sylvie Goumet et Dominique Pasco, lors de la projection du mercredi 10 février au cinéma l’Alhambra, avec l’ACF-MAP, ont fait avec elle le pari que cet écho singulier dit quelque chose d’une génération.

Bang gang est l’histoire du jeu éponyme qui substitue la rencontre des corps au hasard de la rencontre amoureuse. S’opère alors un retournement, que la psychanalyse lacanienne rend sensible, où le sexe vient faire voile sur un réel qui s’est déplacé. Hors la loi naturelle qui n’existe pas, hors l’idéal qui ne fait plus boussole surmoïque, le non-sens fait réponse au non-sens, symbolisé dans le film par la litanie radiophonique d’accidents de trains.

L’une des protagonistes, qui entre dans la sexualité par le regard, lâche tout à fait cet objet non spécularisable qui la divise au moment où un site internet est offert, non pas au regard de l’Autre, puisque le site est à usage interne, mais aux regards des autres semblables : dès lors, elle entre dans la ronde orgiaque. Chacun prendra place de manière singulière dans cette communauté, qui trouve à se faire un corps en se regardant elle-même, sans altérité ni idéal. Il faudra un second temps, où une fuite des images sur youtube rétablira le regard de l’Autre, pour que la honte frappe le sexe et que l’amour reprenne sa fonction de voile porté sur le fantasme, recel de jouissance.

Eva Husson indique dans une interview que la fonte de chacun dans l’Un du groupe a pu faire pour elle point de fascination. Tout le monde trouve place dans cette illusion, personne n’est exclut, aucun point de perspective ne vient diviser ceux qui s’adonnent à l’orgie commune. Il suffira pourtant que le scandale fasse retour de l’extérieur pour mettre fin à cette jouissance autistique. D’abord parce qu’enfin quelque chose échappe sur la toile, ensuite parce que le corps se fait Autre dès lors qu’il tombe malade.

S. Goumet et D. Pasco nous ont offert un débat passionnant où la question de la morale est centrale. Le film est-il moralisateur ou bien choquant d’immoralité ? Où se loge donc la dimension d’insupportable ? La discussion nous portera petit à petit à considérer que le scandale se loge ailleurs que là où il est mis en scène. Ce qui fait scandale, c’est-à-dire nouveauté, trauma, est peut être l’absence totale de conséquences pour ceux qui se sont adonnés à la jouissance illimitée de la drogue et du gang bang. Rien ne semble s’écrire, déporter ces jeunes du droit chemin sur lequel ils commencent cet été caniculaire et auquel ils retournent dès l’automne.

Eva Husson évite l’écueil de la cause avec une mise en scène qui ne laisse jamais supposer une quelconque carence parentale. Elle ouvre ce drame bourgeois sur le non-sens, donne à voir une communauté qui débride la loi du père, en même temps que des règles implicites viennent solidement capitonner le réel en jeu qui par aucun détour ne déborde le cadre strict des parties fines, ni n’affecte durablement les personnages.

Nous sommes avec ce film, où le supplément d’âme cède au plus-de-jouir, très loin de la révolution hystérique de soixante-huit et d’une quelconque libération sexuelle. Rien ne s’articule ici à la transgression. Le traitement très édulcoré qu’en fait la réalisatrice est le vrai point d’interrogation du film dont le ressort le plus vif est de saisir une génération qui, baignée dans le discours individualiste, ne visant que l’indifférenciation, le tous pareil, interchangeable, tente éperdument de faire consister dans l’imaginaire le rapport sexuel qu’il n’y a pas. Eva Husson, livre donc une histoire douce amère, qui se veut être un objet de son époque.

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